Les dates de l'abolition dans les territoires ultramarins
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Les territoires ultramarins français ne commémorent pas tous l'abolition de l'esclavage le même jour. Leurs calendriers distinguent le décret français du 27 avril 1848, sa proclamation locale, son application effective et la date ensuite choisie pour entretenir la mémoire. Mayotte suit un cadre historique antérieur à 1848, tandis que Saint-Barthélemy relève d'un passé alors suédois. Le 10 mai national complète ces dates sans les remplacer.

Quatre types de dates à ne pas confondre

Une comparaison fiable commence par l'identification de la nature de chaque date. Le mot « abolition » peut en effet désigner plusieurs étapes, parfois séparées par des semaines ou inscrites dans des cadres politiques différents.

  • La date juridique correspond à l'adoption d'un décret, d'une ordonnance ou d'un autre acte abolissant l'esclavage.
  • La date de proclamation est celle à laquelle la décision est officiellement annoncée dans un territoire.
  • La mise en application désigne le moment où la liberté devient effective localement, selon les dispositions adoptées.
  • La date mémorielle est le jour retenu pour la commémoration annuelle. Elle peut rappeler un acte juridique, une proclamation ou une mobilisation locale.
  • La date nationale rassemble l'ensemble du pays autour d'une mémoire commune, sans effacer les calendriers territoriaux.

Cette grille explique pourquoi deux dates apparemment concurrentes peuvent être exactes tout en ne désignant pas le même moment.

Fiches comparatives par territoire

Martinique, Guadeloupe, Guyane et La Réunion

Martinique - 22 mai. Le décret français date du 27 avril 1848, mais la commémoration martiniquaise retient le 22 mai. Cette date renvoie au soulèvement qui précipite localement la fin de l'esclavage, proclamée le lendemain. Le calendrier mémoriel met donc en avant l'action des personnes asservies et la dynamique locale plutôt que la seule décision prise à Paris.

Guadeloupe - 27 mai. Cette date correspond à la proclamation de l'abolition dans la colonie. Elle est postérieure au décret du 27 avril, le temps que la décision et les instructions atteignent le territoire. La commémoration est ainsi attachée à l'entrée locale de l'abolition dans l'ordre juridique.

Guyane - 10 juin. Le 10 juin 1848 est le jour de la promulgation locale du décret. L'abolition doit ensuite devenir effective après le délai prévu par cette proclamation. La date commémorée privilégie donc l'annonce officielle en Guyane, non l'achèvement matériel de toutes ses conséquences.

La Réunion - 20 décembre. Le décret d'avril est proclamé dans l'île en octobre 1848, avec une application fixée au 20 décembre. La commémoration réunionnaise retient ce passage à la liberté effective, couramment associé à la Fête de la Liberté.

Mayotte et les collectivités du nord des Antilles

Mayotte - 27 avril. La date mémorielle officielle coïncide avec le jour du décret français de 1848, mais l'histoire mahoraise ne se réduit pas à ce texte : l'abolition locale relève de décisions prises dès 1846, avant l'abolition générale dans les colonies françaises. La page consacrée à l'Abolition de l'esclavage à Mayotte précise le sens de cette commémoration sans la confondre avec le calendrier antillais.

Saint-Martin - 27 mai. La partie française de l'île partage la date commémorative de la Guadeloupe. Ce choix s'inscrit dans l'histoire administrative qui a longtemps lié les deux territoires.

Saint-Barthélemy - 9 octobre. L'île étant sous souveraineté suédoise au moment de son abolition, sa référence n'est pas le décret français du 27 avril 1848. La commémoration du 9 octobre rappelle l'abolition intervenue en 1847 dans ce cadre distinct.

Tous les territoires français d'outre-mer ne disposent donc pas d'une date locale issue du même dispositif. Un tableau prétendant attribuer uniformément le 27 avril ou une fête spécifique à chaque collectivité serait trompeur.

Chronologie pour situer les principaux jalons

  1. 1846 : une ordonnance organise l'abolition à Mayotte, dans un contexte antérieur au décret général de 1848.
  2. 9 octobre 1847 : abolition à Saint-Barthélemy, alors possession suédoise.
  3. 27 avril 1848 : adoption du décret abolissant l'esclavage dans les colonies françaises.
  4. 22 et 23 mai 1848 : soulèvement puis proclamation de l'abolition en Martinique.
  5. 27 mai 1848 : proclamation en Guadeloupe.
  6. 10 juin 1848 : promulgation du décret en Guyane.
  7. 20 décembre 1848 : entrée en application de l'abolition à La Réunion.
  8. 1983 : fixation réglementaire de plusieurs journées commémoratives propres aux départements d'outre-mer et à Mayotte.
  9. 2001 : reconnaissance par la loi de la traite et de l'esclavage comme crime contre l'humanité.
  10. 2006 : institution du 10 mai comme journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions.

Comment comprendre le 10 mai national

Le 10 mai n'est ni la date du décret de 1848 ni une date d'abolition applicable à un territoire particulier. Il renvoie à l'adoption, le 10 mai 2001, de la loi reconnaissant la traite négrière transatlantique, la traite dans l'océan Indien et l'esclavage colonial comme crimes contre l'humanité.

Cette journée nationale remplit une fonction différente des commémorations locales. Elle offre un cadre commun à l'échelle de la République, tandis que les dates ultramarines rendent visibles des séquences historiques propres à chaque territoire. Employer le 10 mai pour remplacer le 22 mai martiniquais, le 20 décembre réunionnais ou le 27 avril mahorais ferait disparaître cette distinction essentielle.

Pour présenter correctement un calendrier, il faut donc indiquer à côté de chaque date ce qu'elle représente : acte juridique, proclamation, application ou choix mémoriel. Cette précision évite de transformer une histoire faite de temporalités locales en une date nationale unique.

Questions fréquentes

Le décret du 27 avril 1848 a-t-il libéré les personnes asservies partout le même jour ?

Non. Le décret a établi le cadre juridique de l'abolition dans les colonies françaises concernées, mais sa transmission, sa promulgation et son application ont suivi des calendriers locaux. C'est pourquoi les dates retenues en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane et à La Réunion diffèrent.

Pourquoi la Martinique commémore-t-elle le 22 mai alors que la proclamation date du 23 mai 1848 ?

Le 22 mai rappelle le soulèvement des personnes asservies et de leurs soutiens, qui précipita la proclamation de l'abolition le lendemain. Le choix mémoriel martiniquais valorise ainsi la mobilisation locale plutôt que la seule formalisation administrative de la décision.

La date du 20 décembre à La Réunion correspond-elle au décret d'abolition ?

Elle ne correspond pas à l'adoption du décret national, daté du 27 avril 1848. Le 20 décembre marque l'entrée en application de l'abolition dans l'île, après sa proclamation locale. La date réunionnaise met donc l'accent sur la liberté devenue effective.

Pourquoi Saint-Barthélemy possède-t-elle un calendrier différent des autres Antilles françaises ?

Saint-Barthélemy se trouvait sous souveraineté suédoise lorsque l'esclavage y fut aboli en 1847. Son calendrier ne découle donc pas du décret français de 1848. La date du 9 octobre conserve la mémoire de cette trajectoire politique et juridique particulière.

Peut-on présenter le 10 mai comme la date française de l'abolition ?

Cette formulation est imprécise. Le 10 mai est une journée nationale des mémoires liée à la loi adoptée en 2001, et non la date historique d'une abolition territoriale. Il convient de la présenter aux côtés des commémorations locales, sans les remplacer.

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