Isra et Mi'raj dans le Coran et les hadiths
Illustration originale autour de Isra et Mi'raj dans le Coran et les hadiths.

Le Voyage nocturne possède un ancrage coranique explicite dans le verset 17:1. L'Ascension céleste, appelée Mi'raj, est principalement connue par les hadiths, même si certains passages du Coran lui ont été associés par des commentateurs. Pour comprendre les sources, il faut donc distinguer le texte coranique, ses interprétations et les récits transmis sous plusieurs formes, sans réduire l'ensemble à une narration unique.

Ce que dit précisément le verset 17:1

Le premier verset de la sourate Al-Isra, également appelée Bani Isra'il, évoque le déplacement nocturne du « serviteur » de Dieu depuis la Mosquée sacrée jusqu'à la Mosquée la plus lointaine, dont les alentours sont bénis. Le but exprimé est de lui montrer certains signes divins.

Le verset ne nomme pas directement Muhammad, mais l'identification du « serviteur » au Prophète est constante dans la tradition islamique. La Mosquée sacrée est comprise comme le sanctuaire de La Mecque et la Mosquée la plus lointaine, al-Masjid al-Aqsa, comme le sanctuaire de Jérusalem.

Ce passage atteste donc directement l'Isra, c'est-à-dire le Voyage nocturne. Il ne décrit toutefois ni les cieux traversés, ni les rencontres avec les prophètes, ni la prescription des prières. Le terme Mi'raj n'y figure pas et l'Ascension n'y est pas racontée. Pour une présentation synthétique du sens religieux de Al-Isra wal-Mi'raj, ces deux dimensions doivent ainsi être reliées sans être confondues.

Les passages coraniques parfois rapprochés du Mi'raj

Les versets 13 à 18 de la sourate An-Najm, la cinquante-troisième sourate, décrivent une vision « une autre fois », près du Lotus de la Limite, Sidrat al-Muntaha, et mentionnent de grands signes divins. De nombreux exégètes ont rapproché cette scène du Mi'raj. Ce rapprochement ne fait cependant pas du passage un récit détaillé de l'Ascension.

L'objet exact de la vision a été discuté. Selon des traditions exégétiques, Muhammad aurait vu l'ange Gabriel sous sa forme véritable. D'autres lectures ont porté sur la vision de Dieu, avec des distinctions entre vision oculaire, vision du cœur et contemplation de signes divins. Des propos attribués à plusieurs Compagnons reflètent cette diversité.

Les versets 19 à 25 de la sourate At-Takwir sont aussi mobilisés dans les discussions sur les visions prophétiques et la rencontre avec le messager angélique. Leur contexte ne donne néanmoins pas, à lui seul, une description du Mi'raj. Ces rapprochements relèvent de l'exégèse et doivent être distingués de l'affirmation explicite de 17:1.

Ce que les hadiths ajoutent au récit

Les développements narratifs proviennent surtout de recueils de hadiths, notamment ceux d'Al-Bukhari et de Muslim, ainsi que d'autres collections anciennes. Ils sont transmis par différentes chaînes et sous des formulations qui ne sont pas toujours identiques.

Les principaux éléments rapportés

Selon les versions, les traditions relatives à l'Isra et au Mi'raj comprennent notamment :

  • la préparation ou l'ouverture de la poitrine du Prophète ;
  • la monture appelée Al-Buraq pour une partie du voyage ;
  • l'arrivée au sanctuaire de Jérusalem ;
  • la rencontre avec plusieurs prophètes dans les cieux ;
  • la présence de Gabriel comme guide ;
  • le Lotus de la Limite et la contemplation de signes divins ;
  • la prescription des prières quotidiennes, d'abord présentées en plus grand nombre puis ramenées à cinq.

Tous ces éléments ne se trouvent pas réunis avec le même degré de détail dans chaque transmission. Certains récits développent le Voyage nocturne, d'autres l'Ascension, la rencontre des prophètes ou la prescription de la prière. Les compilations ultérieures ont souvent assemblé ces matériaux en un récit continu.

Pourquoi les versions des hadiths diffèrent-elles ?

Un hadith est étudié à travers sa chaîne de transmission, appelée isnad, et son contenu, le matn. Plusieurs transmetteurs peuvent rapporter un même épisode en conservant des détails différents, en résumant une séquence ou en privilégiant une partie du récit. Une différence ne signifie donc pas automatiquement que deux textes sont incompatibles.

Les variantes concernent notamment le point de départ formulé dans certains récits, l'ordre de détails secondaires, l'identité de prophètes rencontrés à certains niveaux, la place de l'ouverture de la poitrine ou la manière dont une vision est exprimée. Les savants du hadith et les commentateurs ont parfois harmonisé ces versions ; d'autres ont signalé qu'elles pouvaient renvoyer à des transmissions distinctes ou à des épisodes différents.

Une autre discussion porte sur la nature de l'expérience : voyage corporel et éveillé, vision spirituelle ou songe. La position devenue dominante dans l'exégèse sunnite comprend généralement l'Isra comme un voyage réel, corps et âme, notamment parce que 17:1 parle du « serviteur », terme désignant la personne entière. Des interprétations anciennes ont néanmoins accordé une place à la vision ou au songe.

Comment lire ces sources sans fabriquer une version unique

Une lecture documentaire rigoureuse respecte plusieurs niveaux d'affirmation :

  1. Le Coran explicite : 17:1 affirme le déplacement nocturne et sa finalité.
  2. Le Coran interprété : certains versets d'An-Najm sont reliés au Mi'raj par une partie importante de l'exégèse.
  3. Les hadiths largement reçus : ils fournissent les grandes composantes de l'Ascension et de la prescription des prières.
  4. Les variantes : elles modifient certains détails sans nécessairement remettre en cause le noyau du récit.
  5. Les récits recomposés : une narration fluide peut réunir des éléments issus de plusieurs transmissions.

Il est ainsi préférable de dire qu'un détail est « rapporté dans certains hadiths » plutôt que de le présenter systématiquement comme une formulation du Coran. De même, l'absence d'un détail dans une version ne prouve pas son rejet : le transmetteur a pu résumer son propos. Cette distinction permet de reconnaître la place centrale de l'événement dans la tradition tout en respectant la pluralité réelle de ses sources.

Questions fréquentes

Le mot Mi'raj apparaît-il dans le Coran ?

Le mot Mi'raj n'apparaît pas comme nom de l'Ascension prophétique dans le verset 17:1. Ce verset décrit l'Isra. L'appellation Mi'raj et les détails de l'élévation céleste proviennent principalement du vocabulaire traditionnel et des hadiths.

Pourquoi le verset 17:1 ne nomme-t-il pas Muhammad ?

Le verset emploie l'expression « Son serviteur ». La tradition exégétique musulmane l'identifie à Muhammad en s'appuyant sur le contexte transmis et les hadiths. Cette formulation souligne également la qualité de serviteur de Dieu attribuée au Prophète.

La sourate An-Najm raconte-t-elle directement l'Ascension ?

Elle évoque une vision près du Lotus de la Limite et de grands signes divins, mais ne raconte pas les étapes d'une ascension. Son association au Mi'raj repose sur des interprétations exégétiques et sur sa mise en relation avec les hadiths.

Toutes les versions du récit ont-elles la même valeur ?

Non. Les spécialistes examinent notamment les chaînes de transmission, les transmetteurs et le contenu des textes. Des récits peuvent être authentifiés tout en présentant des formulations différentes, tandis que d'autres rapports disposent d'un appui traditionnel plus faible.

Les divergences entre hadiths rendent-elles le récit contradictoire ?

Pas nécessairement. Une transmission peut résumer un épisode ou omettre un détail présent ailleurs. Certaines différences peuvent être conciliées, alors que d'autres demeurent de véritables variantes qu'il convient de signaler plutôt que d'effacer artificiellement.

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