Pour calculer la date du Grand Vendredi orthodoxe, il faut d'abord déterminer celle de Pâques orthodoxe, puis remonter de deux jours : le vendredi précède toujours le dimanche pascal de quarante-huit heures. La difficulté réside donc entièrement dans le calcul de Pâques, fondé traditionnellement sur le calendrier julien et sur des tables ecclésiastiques du cycle lunaire, avant conversion éventuelle dans le calendrier civil grégorien.
La règle immédiate : partir du dimanche de Pâques
Le Grand Vendredi saint orthodoxe appartient à une séquence liturgique dont les jours sont fixés par rapport à Pâques. Sa date n'est jamais calculée isolément.
Une fois le dimanche pascal orthodoxe connu, il suffit de compter à rebours :
- Dimanche : Pâques orthodoxe ;
- Samedi : veille de Pâques ;
- Vendredi : Grand Vendredi orthodoxe.
La règle pratique est donc : date du Grand Vendredi = date de Pâques orthodoxe moins deux jours. Cette soustraction doit être effectuée après avoir exprimé la date pascale dans le calendrier utilisé par le lecteur, généralement le calendrier grégorien civil.
Sur quoi repose le comput pascal orthodoxe ?
Le comput pascal est un calcul ecclésiastique. Il associe le cycle hebdomadaire, le cycle solaire et un cycle lunaire conventionnel de dix-neuf ans. Il ne consiste pas à observer directement, chaque année, l'équinoxe ou la pleine lune dans le ciel.
Dans le comput traditionnel suivi par la majorité des Églises orthodoxes, Pâques est déterminée à partir du 21 mars du calendrier julien, pris comme repère ecclésiastique de l'équinoxe. Le calcul cherche ensuite la pleine lune pascale donnée par les tables, puis retient le dimanche qui la suit.
Il faut distinguer trois éléments :
- le calendrier julien employé comme base du comput traditionnel ;
- la pleine lune ecclésiastique, issue de tables et non d'une observation astronomique locale ;
- le dimanche suivant cette pleine lune pascale ;
- la conversion de la date julienne obtenue vers le calendrier grégorien civil ;
- le retrait final de deux jours pour atteindre le vendredi.
Certaines Églises orthodoxes utilisent un calendrier révisé pour des fêtes à date fixe tout en conservant le comput julien traditionnel pour Pâques. Le calendrier des fêtes fixes ne permet donc pas, à lui seul, de déduire leur date pascale.
Calculer Pâques orthodoxe pour une année donnée
La méthode arithmétique suivante fournit la date de Pâques selon le calendrier julien. Dans les formules, Y représente l'année, mod désigne le reste d'une division entière et partie entière signifie que les décimales sont supprimées.
Algorithme pas à pas
- Calculer a = Y mod 4.
- Calculer b = Y mod 7.
- Calculer c = Y mod 19.
- Calculer d = (19c + 15) mod 30.
- Calculer e = (2a + 4b - d + 34) mod 7.
- Calculer m = partie entière de (d + e + 114) / 31. Le résultat indique le mois julien : 3 pour mars ou 4 pour avril.
- Calculer j = ((d + e + 114) mod 31) + 1. Le résultat est le jour du mois julien.
- Convertir la date julienne j/m/Y dans le calendrier grégorien.
- Retirer deux jours à cette date grégorienne pour obtenir le Grand Vendredi.
La conversion ne doit pas être remplacée par l'ajout automatique d'un nombre immuable de jours. L'écart entre les calendriers julien et grégorien dépend du siècle, car leurs règles concernant les années bissextiles ne sont pas identiques. Pour un calcul portant sur une époque éloignée, il faut employer une véritable conversion calendaire.
Pourquoi l'écart avec le Vendredi saint occidental varie
Les traditions orthodoxe et occidentale appliquent un même principe général - célébrer Pâques un dimanche lié à une pleine lune pascale - mais elles n'utilisent pas nécessairement les mêmes repères calendaires ni les mêmes tables lunaires.
Le comput occidental repose sur le calendrier grégorien et sur ses propres tables ecclésiastiques. Le comput orthodoxe traditionnel conserve le repère julien. Deux phénomènes se combinent donc : le décalage entre les calendriers solaires et une possible différence entre les pleines lunes pascales calculées.
Il est ainsi incorrect de résumer l'écart à un simple décalage fixe de calendrier. Selon l'année, les deux computs peuvent désigner le même dimanche. Dans d'autres cas, leurs résultats sont séparés d'une ou de plusieurs semaines. Comme le Grand Vendredi est toujours placé deux jours avant Pâques dans chaque tradition, il reproduit exactement l'écart entre les deux dimanches pascals.
Pour vérifier un résultat, il faut donc contrôler successivement le calendrier utilisé pour la date pascale, la conversion vers le calendrier civil, puis la soustraction de deux jours. Soustraire deux jours d'abord ou après conversion conduit normalement au même jour réel, mais effectuer la conversion en premier limite les confusions d'étiquetage entre dates juliennes et grégoriennes.
Questions fréquentes
Peut-on calculer directement le vendredi sans déterminer Pâques ?
Non, car le Grand Vendredi n'a pas de position autonome dans le calendrier annuel. Sa date dépend entièrement du dimanche de Pâques orthodoxe. Le calcul le plus sûr consiste à déterminer Pâques, à convertir cette date dans le calendrier civil, puis à retirer deux jours.
Faut-il utiliser la pleine lune astronomique réellement observée ?
Non. Le comput traditionnel emploie une pleine lune ecclésiastique déterminée par un cycle et des tables conventionnelles. Elle peut ne pas correspondre exactement à l'instant de la pleine lune astronomique observée dans un lieu donné.
Pourquoi ne peut-on pas toujours ajouter treize jours à une date julienne ?
L'écart de treize jours ne vaut que pour une période historique déterminée. Les calendriers julien et grégorien n'appliquent pas les mêmes règles aux années séculaires, si bien que leur différence évolue au fil des siècles.
Le calendrier révisé julien change-t-il nécessairement la date du vendredi ?
Pas nécessairement. Plusieurs Églises qui emploient un calendrier révisé pour les fêtes fixes continuent d'utiliser le comput pascal julien traditionnel. Leur Grand Vendredi reste alors déterminé par cette Pâque commune, et non par le calendrier des fêtes fixes.
L'écart avec le vendredi occidental est-il toujours un multiple de sept jours ?
Oui, lorsqu'on compare les jours liturgiques correspondants d'une même année, chacun tombe un vendredi. Deux vendredis sont donc séparés par un nombre entier de semaines, même si les mécanismes calendaires ayant produit cet écart sont plus complexes.