Faire comprendre l’ONU passe mieux par l’expérience que par un cours magistral. Ce dossier propose des activités concrètes, modulables et prêtes à animer selon l’âge du groupe. Vous y trouverez, pour chaque niveau, un objectif clair, le matériel, un déroulé, des règles de débat et des méthodes d’évaluation - avec un accent particulier sur une simulation d’Assemblée générale et sur la vérification des sources.
Préparer la séance : objectifs, rôles et cadre
Commencez par formuler ce que le groupe doit être capable de faire à la fin : décrire un problème mondial, expliquer pourquoi des États doivent coopérer, argumenter, identifier une information fiable. Ensuite, fixez le cadre : durée (45 à 90 minutes), taille des équipes et type de production attendue (résolution, affiche, mini-débat, fiche de vérification).
Matériel minimal : feuilles, feutres, ruban adhésif, minuteur, accès à quelques sources fiables (site de l’ONU, médias reconnus, encyclopédies). Pour une séance fluide, préparez une « banque de sujets » simples : accès à l’eau, santé, climat, éducation, aide humanitaire, protection des civils.
- Règle 1 : on critique les idées, jamais les personnes.
- Règle 2 : on parle à tour de rôle (bâton de parole).
- Règle 3 : chaque affirmation importante doit être justifiée (exemple, donnée, source).
- Règle 4 : on reformule l’argument de l’autre avant de répondre.
- Règle 5 : une décision doit mentionner qui fait quoi et comment.
Pour contextualiser l’activité sans refaire une présentation complète, vous pouvez introduire la Journée des Nations Unies en une phrase : une occasion de rappeler l’importance de la coopération internationale et du dialogue.
Déroulé par niveau : du concret à l’argumentation
Cycle 2 / début primaire (30-45 min) - Objectif : comprendre que des pays se parlent pour résoudre des problèmes communs. Activité : « Le conseil des pays ».
- Choisissez un problème proche (ex. pollution de la cour, gaspillage d’eau).
- Formez 4-6 groupes : chaque groupe représente un « pays » avec une contrainte (budget limité, priorité santé, priorité école...).
- Chaque groupe propose une solution en une phrase + un dessin.
- Mise en commun : on regroupe les idées semblables et on vote à main levée.
- Évaluation : une phrase écrite « J’ai compris que... » + observation de la participation.
Cycle 3 / fin primaire - collège (45-60 min) - Objectif : distinguer besoin, solution, compromis. Activité : « Résolution en 5 lignes ».
- Donnez un sujet mondial simple (ex. accès à l’eau potable).
- Chaque groupe écrit : 1 constat, 1 objectif, 2 actions, 1 acteur responsable.
- Débat guidé : chaque groupe doit proposer au moins une concession.
- Vote final : adoption si majorité simple.
- Évaluation : grille courte (clarté, faisabilité, compromis, respect des règles).
Lycée / adultes (60-90 min) - Objectif : argumenter, négocier, vérifier des informations. Activité : simulation structurée (voir section suivante) avec un contrôle de sources intégré.
Simulation d’Assemblée générale : scénario clé en main
Cette simulation fonctionne bien à partir de 12 participants. But : rédiger et adopter une résolution, en expérimentant l’écoute, l’argumentation et la négociation.
Rôles : Président·e de séance (gère la parole), Secrétaire (note les amendements), Délégué·es (par « pays »), Observateurs « presse » (posent des questions, vérifient les sources), Médiateurs (aident au compromis).
- Ouverture (5 min) : rappel des règles, objectif commun, distribution des rôles.
- Déclarations initiales (10-15 min) : 1 minute par délégation : position + priorité + ligne rouge.
- Rédaction du projet (10 min) : un groupe « comité de rédaction » compile 6-10 clauses courtes (constat + actions).
- Débat modéré (15-20 min) : questions, objections, demandes de précision. Le Président exige une justification dès qu’une affirmation influence la décision.
- Amendements (10-15 min) : chaque amendement doit être écrit, lu à voix haute et défendu en 45 secondes. Le Secrétaire le numérote.
- Négociations informelles (5-10 min) : apartés autorisés, mais les engagements doivent revenir en séance.
- Vote (5 min) : vote sur les amendements puis sur le texte final. Variante : vote par consentement (« objections majeures ? ») pour travailler le compromis.
- Débrief (10 min) : ce qui a aidé, ce qui a bloqué, ce qui manque pour passer de la résolution à l’action.
Règles de débat simples à afficher
- Temps de parole limité (1 minute), avec un droit de réponse de 30 secondes.
- Interdiction des attaques personnelles et des généralisations sur des peuples.
- Obligation de définir les termes flous (« aide », « sanction », « urgent », « efficace »).
- Un amendement = une seule idée ; sinon il est scindé.
- Le Président peut demander une reformulation neutre si le ton dérape.
Vérification des sources : intégrer un “fact-check” sans alourdir
Pour éviter que le débat repose sur des impressions, confiez aux observateurs « presse » une mission de vérification. Ils interrompent uniquement via le Président, quand une affirmation factuelle devient un argument décisif.
Méthode en 4 gestes : identifier l’affirmation vérifiable, chercher une source de référence (institution, média reconnu, base statistique), croiser au moins deux sources, reformuler le résultat en distinguant fait et opinion. Si l’information est incertaine, on note « non vérifié » et on retire l’argument du vote.
Évaluation rapide : chaque groupe remet une mini-fiche « preuve » listant une affirmation utilisée, la/les source(s), et ce que la source dit réellement (y compris les limites).
Évaluer les apprentissages : critères et outils rapides
Choisissez une évaluation légère mais explicite. Trois options cumulables :
- Ticket de sortie : 3 lignes - « J’ai appris... / J’ai changé d’avis sur... / Une question que je garde... »
- Auto-évaluation : chacun se note sur écoute, clarté, respect du temps, usage d’arguments sourcés (échelle 1-4).
- Évaluation de production : la résolution est notée sur précision des actions, acteurs identifiés, faisabilité, compromis, et transparence des sources.
Pour prolonger, vous pouvez demander une courte capsule audio/vidéo : « Résumer la résolution en 60 secondes » en citant une source vérifiée utilisée pendant la séance.
Questions fréquentes
Combien de participants faut-il pour que la simulation fonctionne vraiment ?
À partir de 12 personnes, on obtient déjà des rôles distincts (présidence, secrétariat, délégations, observateurs). En dessous, réduisez les rôles et faites une seule délégation par équipe. Au-delà de 25, prévoyez des comités thématiques puis une mise en commun.
Comment choisir un sujet sans déclencher un affrontement politique stérile ?
Préférez un problème concret avec des leviers d'action identifiables (eau, santé, catastrophes, éducation). Encadrez le vocabulaire dès le départ, exigez des définitions, et imposez que chaque proposition mentionne un acteur et un mécanisme. Les médiateurs aident à reformuler sans attaquer.
Que faire si les élèves inventent des faits ou citent des informations douteuses ?
Transformez l'erreur en procédure : l'affirmation est mise «en attente», puis les observateurs vérifient avec deux sources. Si c'est invérifiable, on retire l'argument du vote. Insistez sur la distinction fait/opinion et sur la reformulation fidèle de ce que dit la source.
Comment évaluer sans noter «la prise de parole» au détriment des plus discrets ?
Évaluez plusieurs dimensions : qualité d'écoute, capacité à reformuler, contribution écrite (amendement, clause, fiche source), respect des règles et coopération. Autorisez des rôles valorisant d'autres compétences (secrétariat, presse, médiation). L'auto-évaluation équilibre souvent la perception du groupe.
Comment adapter l'activité à un temps très court, type 30 minutes ?
Gardez une mini-simulation : 3 délégations, 1 président, 1 secrétaire. Supprimez les négociations informelles et limitez le texte à 4 clauses. Ajoutez un seul contrôle de source sur une affirmation centrale. Terminez par un vote unique et un ticket de sortie en une phrase.