Cette journée est une occasion idéale pour faire travailler une classe sur un sujet concret : ce que l’on respire, ce qui l’influence et ce que l’on peut changer à l’échelle d’un établissement. Le parcours ci-dessous est conçu pour rester sûr (pas d’exposition volontaire à des fumées ou gaz), opérationnel et adaptable par niveaux, du primaire au lycée.
1) Lancer l’enquête : questions de départ par niveau
Commencez par des questions qui obligent à observer et argumenter, sans entrer d’emblée dans la théorie. L’objectif est de faire émerger des hypothèses, puis de les confronter au réel.
- Cycle 2-3 : « Comment sait-on si l’air est “propre” si on ne le voit pas ? », « Qu’est-ce qui change entre la cour, la rue et le parc ? »
- Collège : « Quels moments de la journée semblent les plus “chargés” autour de l’école ? », « Comment nos trajets influencent-ils l’air local ? »
- Lycée : « Quelles variables confondantes (météo, trafic, horaires) peuvent tromper nos observations ? », « Comment distinguer corrélation et causalité dans nos constats ? »
Prolongez par une production courte : un nuage de mots, une carte mentale ou une liste d’idées reçues à vérifier. Pour ancrer le projet dans le cadre de la journée, vous pouvez renvoyer au repère commun Journée internationale de l'air pur pour des ciels bleus.
2) Observer localement : une mini-audit de terrain sans capteurs
Organisez une sortie courte autour de l’établissement (ou une observation depuis les fenêtres). Les élèves repèrent des indices indirects et des situations à risque, sans “sniffer” l’air ni s’approcher de zones dangereuses. L’enjeu est d’apprendre à décrire précisément.
- Repérer les sources potentielles visibles (axes routiers, zones de livraison, parkings, chaufferie, travaux).
- Noter les moments : arrivée, récréation, sortie, passage d’un bus, livraison.
- Observer les formes d’espace : rue-canyon, cour fermée, espace végétalisé, abri bus.
- Consigner la météo ressentie (vent, stagnation, odeurs) sans conclure hâtivement.
- Identifier des populations sensibles à protéger (classes en extérieur, sport, attente devant le portail).
- Photographier ou croquer un plan simplifié pour préparer la cartographie (sans visages, selon les règles de l’établissement).
Au retour, chaque groupe formule deux hypothèses testables : « À tel endroit, à telle heure, on observe... ». L’enseignant aide à reformuler en langage neutre (faits observables, pas d’accusation d’un acteur).
3) Lire un indice de qualité de l’air : comprendre la prudence d’interprétation
Sans entrer dans le fonctionnement détaillé des capteurs, on peut entraîner les élèves à lire un indice public : repérer la tendance, la zone couverte et ce que cela autorise (ou non) comme conclusion à l’échelle de l’école. L’activité consiste à comparer ce que l’indice dit et ce que nos observations locales suggèrent.
Exercice guidé : “Ce que je peux affirmer / ce que je ne peux pas”
Demandez aux élèves de rédiger deux colonnes sur une feuille : d’un côté, des affirmations raisonnables (« l’indice signale une qualité plutôt bonne à l’échelle de la zone ») ; de l’autre, des limites (« cela ne prouve pas l’absence d’exposition près du portail à l’heure de pointe »). On évalue la qualité de l’argumentation, pas la “bonne réponse”.
4) Cartographier les mobilités : comprendre l’exposition et les leviers
Faites réaliser une cartographie des trajets domicile - école et des points d’attente, en gardant l’anonymat : pas d’adresses, seulement des directions, modes de transport et durées approximatives. L’objectif est d’identifier des situations (concentration devant le portail, file de véhicules, arrêt moteur tournant) et des alternatives réalistes.
Proposition de consigne : « Dessine ton trajet sous forme de lignes (à pied, vélo, bus, voiture) et marque trois endroits : où tu attends, où tu traverses, où tu respires le plus “fort” (effort) ». Ensuite, la classe superpose les trajets sur un plan simplifié de quartier et discute des solutions : décalage d’entrée, rendez-vous à un point éloigné, organisation du stationnement, encouragement à la marche accompagnée, etc.
5) Expérience simple et sûre : visualiser des dépôts sans créer de pollution
Choisissez une expérience qui ne fabrique pas de fumée et ne demande aucun produit irritant. Une option robuste consiste à mesurer des dépôts de poussières (qui ne résument pas à eux seuls la pollution, mais aident à questionner l’environnement).
- Préparer des supports identiques (cartons blancs ou feuilles plastifiées) recouverts d’un ruban adhésif transparent (face collante exposée) ou d’une fine couche de vaseline appliquée par l’adulte.
- Placer 3 à 6 supports à des endroits contrastés (cour, portail, intérieur, fenêtre, zone végétalisée), hors de portée des mains.
- Après un temps défini, récupérer et observer à la loupe ou en photo (même éclairage, même distance).
- Classer qualitativement (plus/moins de dépôts) et discuter des biais : humidité, vent, fréquentation, nettoyage.
- Relier au plan de mobilités : quels endroits d’attente sont les plus concernés ? quelles mesures d’organisation réduit l’exposition potentielle ?
Cette expérience sert surtout à apprendre la méthode : variables contrôlées, prudence d’interprétation, et transformation des résultats en actions concrètes.
6) Débat + engagement collectif : décider, tester, suivre
Terminez par un débat structuré : chaque groupe propose une mesure, son bénéfice attendu, ses contraintes et un indicateur de suivi. Pour éviter le symbolique, imposez une règle : la mesure doit être testable sur une période courte et réversible si elle ne fonctionne pas.
Exemples d’engagements collectifs (à choisir selon le contexte) : créer une zone d’attente piétonne éloignée du portail, organiser un point “dépose-minute” plus loin, rappeler l’arrêt du moteur à l’arrêt, proposer un itinéraire marche/vélo plus calme, décaler un cours d’EPS si la cour est saturée, ou déplacer un lieu de rassemblement. Assurez le suivi par un carnet de bord : observations aux mêmes heures, retour des usagers, ajustements.
Questions fréquentes
Comment adapter ce parcours à une classe de maternelle ou de début de primaire ?
Restez sur le sensoriel et le vocabulaire : où l'on se sent bien pour respirer, où l'on attend, où il y a des voitures. Utilisez des pictogrammes, une promenade courte, puis un affichage «endroits calmes / endroits chargés» sans chiffres.
Quelles règles de sécurité éviter absolument pendant les activités sur l'air ?
Ne faites jamais produire ni inhaler des fumées (bougies, encens, aérosols) et évitez toute manipulation de produits irritants. Privilégiez observation, cartographie et expériences passives. Encadrez les sorties et éloignez les élèves des zones de circulation.
Comment parler d'odeurs sans conclure trop vite sur la pollution ?
Expliquez qu'une odeur signale une présence, pas une dangerosité ni une quantité. Faites décrire (où, quand, durée) au lieu d'interpréter. Comparez ensuite avec le contexte (vent, trafic, travaux) et gardez une formulation hypothétique.
Comment garder l'anonymat lors de la cartographie des trajets domicile-école ?
Interdisez les adresses et les points précis. Utilisez des directions générales, des durées par tranches et des modes de transport. Pour la synthèse, superposez uniquement des flux sur un plan simplifié autour de l'établissement, sans données individuelles.
Comment évaluer les élèves sans les noter sur des «bons gestes» ?
Évaluez des compétences : qualité des observations, précision du vocabulaire, capacité à formuler une hypothèse, identification des limites, argumentation en débat, et conception d'un indicateur de suivi. La note porte sur la démarche et la collaboration, pas sur le mode de transport.