Le 30 septembre est lié à saint Jérôme parce que son œuvre a incarné, très tôt, l’idée d’une traduction fondée sur les langues sources, la critique des versions existantes et une exigence de précision. Son travail sur les textes bibliques en latin - souvent résumé par le nom de Vulgate - a ensuite servi de repère culturel. De la commémoration liturgique à l’usage professionnel, l’association s’est construite par étapes.
Jérôme de Stridon : un lettré au carrefour des langues
Jérôme (souvent appelé Jérôme de Stridon) appartient à un monde méditerranéen où le latin et le grec coexistent, tandis que l’hébreu reste principalement la langue des textes et des milieux savants juifs. Formé aux lettres latines, lecteur du grec, il s’inscrit dans une culture où traduire n’est pas une activité neutre : c’est transmettre, argumenter, trancher entre variantes et, parfois, contester des habitudes de lecture.
Son contexte explique une partie de son importance : les communautés chrétiennes utilisent différentes versions des Écritures, notamment des traductions grecques et des traductions latines circulant avec des divergences. Pour un lecteur latin, l’accès direct aux textes sources n’est pas garanti. Jérôme se distingue en revendiquant un retour aux langues d’origine quand cela est possible, en particulier pour l’Ancien Testament, et en assumant que la fidélité peut impliquer des choix difficiles.
Pourquoi son travail sur la Bible a marqué l’histoire de la traduction
L’apport de Jérôme n’est pas seulement d’avoir « traduit » : c’est d’avoir articulé une méthode et une posture. Face à des versions multiples, il compare, corrige, réécrit, et justifie ses options. Son ambition est de produire un latin plus stable, mieux fondé et plus cohérent, destiné à un usage large. L’étiquette de Vulgate renvoie à cette idée d’une version latine devenue de référence dans la tradition occidentale.
Cette entreprise met en lumière des questions toujours actuelles, sans que les réponses soient identiques : comment arbitrer entre littéralité et clarté ? jusqu’où normaliser le style ? que faire des termes intraduisibles, des jeux de sens, des ambiguïtés ? Même lorsqu’on ne partage pas ses finalités religieuses, on retrouve chez lui une réflexion sur la responsabilité du traducteur face au texte et au lecteur.
Un exemple de dilemme : la « correction » des versions existantes
Jérôme ne part pas toujours d’une page blanche. Il révisait aussi des traductions latines déjà en circulation, en les confrontant à des témoins grecs ou hébreux. Cela l’exposait à une critique récurrente : modifier un texte « reçu » peut être perçu comme une trahison, même quand la correction vise la cohérence ou la précision. La tension entre fidélité au texte et fidélité à l’usage est au cœur de son héritage.
Ce que l’on retient (et ce qu’il faut éviter de projeter sur le métier moderne)
Associer saint Jérôme à la traduction est pertinent si l’on garde le sens historique : il symbolise l’exigence linguistique, la confrontation aux sources et le courage de défendre des choix. En revanche, le comparer directement au traducteur contemporain peut induire des contresens. Son activité se déploie dans un cadre où l’autorité du texte, les enjeux doctrinaux et les attentes d’un public religieux structurent la traduction.
Pour clarifier, voici des points concrets à garder en tête quand on fait le lien entre Jérôme et la traduction d’aujourd’hui :
- Finalité : il traduit pour l’usage religieux et l’enseignement, pas pour un marché de prestations.
- Statut du texte : l’Écriture y est un texte normatif, ce qui change la manière d’argumenter les choix.
- Cadre de diffusion : circulation manuscrite et traditions locales, loin des chaînes éditoriales actuelles.
- Langues en présence : latin, grec, hébreu dans un environnement savant restreint, avec des accès inégaux aux sources.
- Critique textuelle : comparer des versions et corriger des divergences fait partie intégrante du travail.
- Responsabilité : la traduction peut avoir des effets doctrinaux et liturgiques immédiats.
- Rapport au lecteur : il vise une compréhension en latin, tout en conservant des traits du texte source quand il le juge nécessaire.
Du 30 septembre à une référence professionnelle
Le 30 septembre correspond à la fête liturgique de saint Jérôme. C’est ce repère de calendrier qui a fourni un point d’ancrage simple pour des communautés de traducteurs souhaitant célébrer leur métier sous un patronage symbolique. Avec le temps, l’accent s’est déplacé : d’une commémoration religieuse, on est passé à une mise en valeur d’un rôle social - rendre possible la circulation des textes, des idées et des décisions entre langues.
Ce glissement ne suppose pas que les traducteurs se réclament d’une foi particulière : il repose sur une figure culturelle connue pour son travail linguistique. Le 30 septembre est ainsi devenu une date de ralliement, puis un jalon de reconnaissance institutionnelle de la traduction comme activité essentielle à la vie publique et internationale. Pour situer la date et son sens dans l’ensemble de la célébration, voir la page Journée internationale de la traduction.
Pourquoi cette origine continue de faire sens aujourd’hui
La figure de Jérôme demeure utile comme symbole parce qu’elle rappelle trois idées simples : on ne traduit pas sans se confronter aux langues sources ; les versions en circulation méritent d’être interrogées ; et une traduction engage une responsabilité envers des lecteurs qui n’ont pas accès à l’original. Ces principes, nés dans un autre monde, expliquent pourquoi son nom reste attaché à la date du 30 septembre, au-delà des transformations du métier.
Questions fréquentes
La Vulgate est-elle une unique traduction réalisée d'un seul tenant ?
Non. Le terme « Vulgate » regroupe une tradition latine qui s'est constituée à partir de travaux de révision et de traduction attribués à Jérôme, puis stabilisés par la transmission. Il s'agit davantage d'un ensemble devenu référence que d'un volume figé d'emblée.
Jérôme traduisait-il uniquement à partir de l'hébreu ?
Il a travaillé avec plusieurs langues. Selon les livres et les objectifs, il a pu réviser à partir du grec ou traduire en s'appuyant sur l'hébreu, tout en tenant compte de versions existantes. Son apport tient aussi à cette comparaison systématique des témoins.
En quoi son approche a-t-elle influencé l'idée de fidélité en traduction ?
Son héritage met en avant une fidélité argumentée : justifier ses choix, distinguer le sens du mot à mot, et reconnaître les contraintes du texte source. Cette posture a nourri des débats durables sur la place du style, des équivalences et des notes explicatives.
Pourquoi le 30 septembre a-t-il été retenu plutôt qu'une date liée à un texte ?
Parce que le calendrier liturgique offre un repère stable et facilement partageable. La fête de saint Jérôme a servi de point de ralliement symbolique pour les traducteurs, avant d'être reprise dans une logique plus professionnelle et institutionnelle autour de la traduction.
Peut-on considérer Jérôme comme un traducteur « professionnel » au sens actuel ?
Avec prudence. Il a exercé une activité de traduction exigeante, mais dans un cadre religieux et savant, sans les mêmes notions de commande, de marché, de spécialisation sectorielle ou de normes de prestation. Le parallèle est surtout symbolique et méthodologique.