TDoV et TDoR : deux journées à ne pas confondre
Illustration originale autour de TDoV et TDoR : deux journées à ne pas confondre.

Deux rendez-vous reviennent souvent dans les calendriers associatifs et institutionnels : la TDoV (visibilité) et la TDoR (souvenir). Elles sont liées par les réalités vécues par les personnes trans, mais leurs objectifs, leurs émotions et leurs codes diffèrent. Les confondre peut produire des messages maladroits, voire blessants. Voici une comparaison pratique pour distinguer célébration, mise en lumière et commémoration.

Deux finalités distinctes : mettre en avant vs se recueillir

La TDoV vise d’abord à rendre visibles les personnes trans dans leur diversité : parcours, contributions, compétences, vies ordinaires. La tonalité est souvent tournée vers la reconnaissance, l’empowerment et l’ouverture de dialogues concrets (au travail, à l’école, dans les services). On y cherche de la place, de la sécurité et de la considération.

La TDoR a une finalité de commémoration. Elle s’ancre dans le deuil, la solidarité et la dénonciation des violences. L’intention principale n’est pas de “célébrer”, mais de se souvenir, d’honorer des vies et d’interroger les mécanismes sociaux qui rendent ces violences possibles (stigmatisation, rejet, précarité, impunité).

Pour situer rapidement la visibilité trans et ses repères, voir la Journée internationale de visibilité transgenre.

Tonalité et vocabulaire : l’impact émotionnel ne se gère pas pareil

Les deux journées demandent un choix de mots rigoureux, mais pas avec les mêmes priorités.

  • TDoV : privilégier des formulations axées sur la présence et la légitimité (“mettre en lumière”, “reconnaître”, “soutenir”, “accueillir”), et des messages qui renforcent la dignité sans réduire les personnes à la souffrance.
  • TDoR : adopter un registre de recueillement (“honorer”, “commémorer”, “se souvenir”), éviter tout ton promotionnel, et nommer clairement la réalité des violences sans sensationnalisme.
  • Dans les deux cas : éviter les formules qui conditionnent la dignité (“malgré leur différence”), les injonctions au dévoilement (“racontez votre transition”), et les raccourcis (“les trans” comme bloc homogène).

Une erreur fréquente : utiliser, pour la TDoR, des visuels festifs ou des slogans d’entreprise typiques de campagnes de “célébration de la diversité”. À l’inverse, traiter la TDoV exclusivement sous l’angle du danger peut donner l’impression que les personnes trans ne sont visibles qu’à travers la victimisation.

Formats d’événements : ce qui “marche” pour l’une peut être déplacé pour l’autre

Les formats doivent traduire l’intention. Pour la TDoV, les formats orientés vers la rencontre, le partage de ressources, la formation ou la mise en avant de personnes trans (avec consentement et cadre protecteur) sont cohérents. Pour la TDoR, les formats de recueillement, lectures de textes, temps de silence, veillées, cérémonies sobres ou espaces de parole encadrés sont plus adaptés.

Ce n’est pas qu’une question de “type d’activité”, mais de mise en scène : musique, lumière, langage, durée, posture des organisateurs. Une TDoR “animée” comme un événement festif crée une dissonance. Une TDoV trop solennelle peut décourager l’appropriation positive et l’élan d’allié·e·s.

Grille de choix : message ou action selon le contexte

  • Si votre but est d’ouvrir des portes (emploi, école, services) : choisissez la TDoV ; proposez un engagement concret (formation, revue de formulaires, rappel des procédures de respect du prénom d’usage).
  • Si votre but est de soutenir un temps de deuil collectif : choisissez la TDoR ; prévoyez un cadre sobre, un rappel des règles de respect, et des relais d’écoute.
  • Si vous publiez un message institutionnel court :
    • TDoV : mettre en avant l’accueil, l’égalité de traitement et les ressources internes.
    • TDoR : exprimer le recueillement et condamner les violences, sans slogan marketing.
  • Si vous mettez des personnes trans au centre (témoignages, portraits) : plus naturel en TDoV ; obtenir un accord explicite, éviter l’exotisation, prévoir le droit de retrait.
  • Si vous craignez une réception hostile (commentaires, affichage public) : en TDoR, privilégier un dispositif discret ; en TDoV, sécuriser la modération et limiter l’exposition des personnes.
  • Si vous tenez à relier les deux journées : le faire par un fil conducteur (“sécurité et dignité”), en respectant la séparation des tonalités : un volet reconnaissance (TDoV) et un volet recueillement (TDoR) clairement distincts.
  • Si vous êtes une marque ou une organisation : en TDoV, rendre visibles vos actions réelles (politiques, pratiques) ; en TDoR, éviter toute autopromotion et se concentrer sur le soutien et la prévention des violences.

Erreurs de communication à éviter (et alternatives)

  • Confondre “célébrer” et “commémorer” : réserver la célébration au registre de la TDoV ; pour la TDoR, employer des mots de recueillement.
  • Mettre la performance au centre (slogans, campagnes de marque) : remplacer par des engagements vérifiables (formation, procédures, accompagnement) et une posture humble.
  • Instrumentaliser des témoignages : préférer des ressources générales, ou des interventions cadrées par des personnes volontaires et rémunérées si c’est un travail.
  • Réduire les personnes trans à la souffrance : en TDoV, montrer aussi les compétences, les relations, la créativité ; en TDoR, parler des violences sans résumer les vies à ces violences.
  • Publier un visuel inadapté : bannir les codes festifs pour la TDoR ; pour la TDoV, éviter les images stéréotypées et privilégier la diversité des représentations.
  • Faire reposer l’effort sur les personnes concernées : proposer des actions d’allié·e·s (apprendre, corriger, soutenir) plutôt que demander aux personnes trans d’éduquer ou de se justifier.

Relier visibilité, célébration et commémoration sans les confondre

La visibilité n’est pas une injonction : la TDoV peut valoriser des trajectoires sans exiger de dévoilement, et sans exposer des personnes à des risques. La commémoration n’est pas une opération de communication : la TDoR demande retenue et respect. Tenir cette différence, c’est rendre vos messages plus justes et vos actions plus sûres pour les personnes concernées.

Questions fréquentes

Peut-on parler de joie pendant une journée de souvenir ?

Oui, mais de manière secondaire et respectueuse : évoquer la vie, les liens et la dignité des personnes peut coexister avec le recueillement. Évitez toutefois les codes festifs, l'humour publicitaire ou les «célébrations» qui minimisent la gravité des violences.

Quel type de message publier sur les réseaux sans se tromper de tonalité ?

Pour la visibilité : un message centré sur l'accueil, les ressources et la reconnaissance, sans exiger de récits intimes. Pour le souvenir : un message de recueillement et de condamnation des violences, sobre, sans autopromotion ni visuels festifs.

Comment éviter que la TDoV devienne une injonction au coming-out ?

En parlant de droits, d'accès et de conditions d'accueil plutôt que de «témoignages». Proposez des options anonymes, des ressources générales et le droit de ne pas se dévoiler. Rappelez que la visibilité choisie n'est pas une obligation.

Peut-on organiser un événement unique qui couvre les deux journées ?

C'est possible si les séquences sont clairement séparées : une partie «reconnaissance et actions» et une partie «recueillement». Annoncez l'intention de chaque moment, adaptez musique et visuels, et évitez un final triomphal après un temps de commémoration.

Qu'est-ce qui rend une prise de parole institutionnelle crédible ?

La cohérence entre parole et pratiques : procédures d'accueil, formation, traitement des situations de discrimination, confidentialité, et voies de signalement. Un message crédible décrit ce qui existe déjà et ce qui sera amélioré, sans promettre vague ni se mettre en scène.

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