Existe-t-il une langue des signes universelle ?
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La question d’une « langue des signes universelle » revient souvent, car on imagine qu’un geste serait compris partout. En réalité, les langues des signes fonctionnent comme les langues orales : elles ont leurs grammaires, leurs vocabulaires et leurs usages sociaux. Ce dossier aide à distinguer langues nationales, variantes régionales et solutions de communication entre signants de langues différentes, sans confondre avec une langue unique.

Pourquoi l’idée d’une langue des signes universelle paraît intuitive

Plusieurs éléments alimentent la confusion. D’abord, la modalité visuo-gestuelle donne l’impression que « montrer » suffit. Ensuite, certains signes iconiques (mimer une action, dessiner une forme) peuvent être devinés, surtout en contexte. Enfin, des rencontres internationales (associatives, sportives, professionnelles) rendent visibles des échanges fluides entre personnes qui n’ont pas la même langue des signes.

Mais comprendre un signe isolé ne signifie pas partager une langue. Une langue est un système : ordre des mots/signes, marquage du temps, accord, emploi de l’espace, expressions du visage porteuses de sens, etc. Deux communautés peuvent avoir des gestes ressemblants et pourtant des règles différentes, comme deux langues orales peuvent partager des mots sans être intercompréhensibles.

Langues des signes nationales : des langues à part entière

Il existe de nombreuses langues des signes, souvent associées à un pays ou à une communauté linguistique, mais elles ne se calquent pas automatiquement sur la langue orale majoritaire. Par exemple, une langue des signes peut avoir une structure différente de la langue écrite du pays, et des pays partageant une même langue orale peuvent utiliser des langues des signes distinctes.

Comme pour les langues orales, l’intercompréhension varie : certaines langues des signes sont plus proches entre elles, d’autres beaucoup moins. La proximité dépend d’histoires éducatives, migratoires et communautaires, mais aussi d’emprunts et de contacts entre signants. Cette diversité est précisément ce que rappelle la Journée internationale des langues des signes, en mettant en avant les droits linguistiques et la reconnaissance de ces langues.

Variantes régionales et styles : quand on signe « différemment » sans changer de langue

À l’intérieur d’une même langue des signes, on rencontre des variations comparables aux accents et aux régionalismes. Un même concept peut se signer de façons différentes selon la région, la génération, l’école fréquentée, le réseau associatif, ou encore le contexte (familial, académique, professionnel). Ces variations ne remettent pas en cause l’appartenance à une langue commune tant que la grammaire et l’essentiel du lexique restent partagés.

Il existe aussi des différences de registre : signing plus formel, plus narratif, plus « rapide » ou plus articulé. On peut également alterner entre des stratégies plus iconiques (très visuelles) et des signes plus arbitraires (conventionnels), selon l’interlocuteur et la situation.

Les « signes internationaux » : un outil de contact, pas une langue universelle

Ce qu’on appelle souvent « langue des signes internationale » renvoie plutôt à des pratiques de communication en contexte international : un répertoire de signes relativement partagés, des emprunts, et surtout des stratégies pour se rendre compréhensible. On parle parfois de « signes internationaux » parce qu’ils circulent dans certains milieux (événements, réseaux, rencontres) et qu’ils s’appuient sur des choix jugés plus transparents ou plus fréquents.

Le point clé : ce n’est pas une langue maternelle stabilisée au sens où une communauté la transmettrait comme première langue avec une norme unique. Son efficacité dépend beaucoup des personnes : expérience des rencontres internationales, capacité à reformuler, attention au contexte, et tolérance à l’approximation. Deux signants peuvent « très bien se débrouiller » en mode international sans pour autant partager une grammaire identique ni une richesse lexicale comparable à leur langue quotidienne.

Une comparaison simple avec les langues orales

Les « signes internationaux » ressemblent davantage à un mélange de gestes, de mots empruntés et de paraphrases, comme lorsque des locuteurs de langues différentes utilisent un anglais simplifié, des mots transparents, des dessins, et beaucoup de reformulations. Cela aide à communiquer, mais ce n’est pas la preuve qu’il existe une langue unique comprise par tout le monde.

Communiquer entre signants de langues différentes : pratiques qui fonctionnent

Quand deux personnes n’ont pas la même langue des signes, elles peuvent tout de même échanger efficacement, à condition d’accepter une communication plus lente et collaborative. Voici des pratiques concrètes, utiles dans une rencontre, un atelier ou un déplacement :

  • Établir le cadre : dire d’emblée quelle langue des signes on utilise et quel niveau on a dans l’autre langue.
  • Privilégier le contexte : présenter le sujet, les rôles, le lieu, et le but avant d’entrer dans les détails.
  • Utiliser des signes plus iconiques quand c’est pertinent, sans supposer qu’ils seront compris sans explication.
  • Épeler et nommer les noms propres, puis stabiliser un signe de référence partagé pour la suite de l’échange.
  • Reformuler souvent : redire autrement, montrer un exemple, puis vérifier la compréhension.
  • S’appuyer sur l’espace : placer clairement les personnes, objets et relations pour réduire l’ambiguïté.
  • Recourir à une médiation quand l’enjeu est important (interprétation, binôme bilingue, support visuel) plutôt que de « bricoler ».

Ces stratégies ne remplacent pas la maîtrise d’une langue des signes, mais elles expliquent pourquoi des échanges internationaux peuvent sembler « naturels » tout en restant fondés sur l’adaptation et la négociation de sens.

Retenir l’essentiel : les langues des signes sont multiples ; l’intercompréhension existe parfois, mais elle n’implique pas une langue universelle. Les « signes internationaux » sont une pratique de contact, variable selon les personnes et les contextes.

Questions fréquentes

Peut-on voyager en ne connaissant qu'une seule langue des signes ?

Oui, mais avec des limites. Vous pourrez communiquer dans des situations simples grâce au contexte, à l'iconicité et à la reformulation. Pour des démarches sensibles (santé, droit, travail), prévoyez une médiation fiable : interprétation, relais local, ou support visuel préparé.

Les signes se ressemblent-ils d'un pays à l'autre ?

Certains se ressemblent, surtout quand ils sont iconiques ou très diffusés dans des réseaux internationaux. Mais beaucoup diffèrent, et les règles grammaticales peuvent diverger fortement. Il faut éviter de déduire le sens d'un signe uniquement sur sa forme sans vérifier en contexte.

Qu'est-ce qui change le plus entre deux langues des signes ?

Le lexique varie, mais la grammaire compte tout autant : usage de l'espace, ordre des éléments, accord, négation, questions, rôle des expressions du visage. Ces différences expliquent pourquoi deux signants peuvent reconnaître des signes isolés tout en peinant à suivre un récit complet.

Les « signes internationaux » suffisent-ils pour une conférence ?

Ils peuvent aider pour des échanges informels, mais une conférence exige précision, rythme et terminologie. Sans interprétation, des informations seront perdues ou simplifiées. Quand l'objectif est l'égalité d'accès, une solution professionnelle et concertée avec le public sourd reste préférable.

Apprendre une langue des signes aide-t-il à en comprendre d'autres ?

Souvent oui, parce qu'on développe des compétences générales : lecture de la spatialisation, attention aux marqueurs non manuels, capacité à reformuler et à clarifier. Mais cela ne garantit pas l'intercompréhension : comme entre langues orales, la proximité varie et demande un apprentissage réel.

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