La Journée de prière pour la sauvegarde de la Création est née dans l'Eglise orthodoxe: en 1989, le patriarche oecuménique Dimitrios Ier a proposé que le 1er septembre soit consacré à la prière pour l'environnement. Cette date correspond au commencement de l'année ecclésiastique orthodoxe. L'initiative a ensuite gagné d'autres communautés chrétiennes, avant d'être officiellement adoptée par l'Eglise catholique sous le pape François en 2015.
1989: l'initiative du patriarche Dimitrios Ier
Le point de départ institutionnel se situe au Patriarcat oecuménique de Constantinople. En 1989, le patriarche Dimitrios Ier publie un message invitant le monde orthodoxe à consacrer le 1er septembre à des prières et supplications pour toute la Création. Il demande que cette intention soit inscrite dans la vie liturgique et spirituelle des fidèles.
Cette initiative est importante à deux titres. Elle reconnaît d'abord que la dégradation de l'environnement engage la responsabilité morale des êtres humains. Elle inscrit ensuite cette responsabilité dans la prière de l'Eglise, plutôt que de réduire la question écologique à un débat technique ou politique.
Dimitrios Ier ne crée donc pas une journée internationale au sens institutionnel des Nations unies. Il institue une observance ecclésiale orthodoxe, fondée sur une compréhension théologique du monde comme don de Dieu. Cette origine distingue la célébration de rendez-vous civils tels que la Journée mondiale de l'environnement ou la Journée internationale de la Terre nourricière.
Pourquoi le 1er septembre a-t-il été choisi?
Dans la tradition byzantine, le 1er septembre marque le début de l'année ecclésiastique, également appelé commencement de l'indiction. L'indiction était à l'origine un cycle administratif de datation dans l'Empire romain. La tradition liturgique byzantine a conservé cette date comme ouverture de son année.
Le choix possède aussi une portée spirituelle. Le début d'un nouveau cycle liturgique invite à placer le temps, les activités humaines et les ressources de la terre sous le regard de Dieu. Les textes de cette période évoquent notamment la bénédiction de l'année et le rapport entre la vie humaine, les saisons et la fécondité du monde créé.
Le 1er septembre relie le commencement de l'année ecclésiastique à une responsabilité renouvelée envers la Création.
La date n'a donc pas été choisie parce qu'elle correspondrait à un anniversaire scientifique ou à la création d'un programme environnemental. Elle vient du calendrier liturgique orthodoxe. Les préoccupations concrètes associées à l'eau, aux sols ou à la biodiversité peuvent rejoindre celles de la Journée mondiale de l'eau et de la Journée mondiale de la vie sauvage, mais leur fondement institutionnel est différent.
Le rôle de Bartholomée Ier dans la continuité orthodoxe
Après Dimitrios Ier, son successeur Bartholomée Ier approfondit et internationalise l'engagement écologique du Patriarcat oecuménique. Il développe une réflexion reliant la crise environnementale, la justice, la sobriété et la responsabilité spirituelle. Son action contribue fortement à faire connaître le 1er septembre hors du seul monde orthodoxe.
Cette continuité permet de distinguer quatre étapes essentielles:
- L'institution orthodoxe: Dimitrios Ier fixe en 1989 une journée annuelle de prière pour la Création.
- L'enracinement liturgique: le 1er septembre conserve sa signification propre dans l'année ecclésiastique byzantine.
- Le rayonnement international: Bartholomée Ier porte la réflexion écologique orthodoxe dans le dialogue avec les autres Eglises et avec la société.
- La réception oecuménique: des communautés catholiques et protestantes reprennent progressivement la date ou l'intègrent à une période commune.
Cette histoire explique pourquoi l'adjectif oecuménique ne signifie pas que toutes les Eglises auraient créé ensemble la journée dès l'origine. L'initiative est orthodoxe, puis elle devient oecuménique par réception, coopération et convergence.
2015: l'adoption catholique par le pape François
Le 6 août 2015, le pape François institue pour l'Eglise catholique la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création, célébrée chaque année le 1er septembre. Cette décision intervient après la publication de l'encyclique Laudato si' et reprend explicitement la date déjà observée par l'Eglise orthodoxe.
Pour les catholiques, la journée doit offrir un temps de prière, de réflexion, de conversion et d'adoption de modes de vie cohérents avec la sauvegarde du monde créé. Son adoption constitue également un geste oecuménique: en choisissant le même jour que les orthodoxes, l'Eglise catholique reconnaît l'antériorité de leur initiative et rend possible un témoignage chrétien commun.
Il faut ainsi distinguer la création orthodoxe de 1989 et l'institution catholique de 2015. Le pape François n'est pas le fondateur de l'observance initiale; il est celui qui l'établit officiellement dans l'Eglise catholique. La présentation générale de la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création permet de situer sa place actuelle.
Comment la célébration est-elle devenue largement oecuménique?
L'élargissement s'est effectué progressivement, grâce aux relations entre les Eglises orthodoxes, catholiques et protestantes. En Europe, la troisième Assemblée oecuménique européenne, réunie à Sibiu en 2007, recommande de consacrer une période à la Création. En 2008, le Comité central du Conseil oecuménique des Eglises encourage également l'observance d'un temps consacré à ce thème.
Plusieurs formes d'appropriation doivent être distinguées:
- les Eglises orthodoxes conservent la référence au début de l'année ecclésiastique et à l'initiative patriarcale;
- l'Eglise catholique célèbre la journée instituée par François à la même date;
- des Eglises protestantes et des organismes oecuméniques l'intègrent à leurs propres ressources et calendriers;
- des communautés locales organisent des rencontres réunissant plusieurs confessions sans effacer leurs traditions liturgiques respectives;
- le 1er septembre sert aussi d'ouverture à une période plus longue, présentée dans le dossier sur le Temps pour la Création.
Cette convergence chrétienne ne transforme pas la journée en campagne scientifique spécialisée. Elle peut néanmoins entrer en dialogue avec des causes précises portées par la Journée internationale pour la protection de la couche d'ozone ou la Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse. Sa singularité demeure la prière commune et la reconnaissance d'une responsabilité chrétienne envers la Création.
Petite histoire de la création de l'église orthodoxe Saint Cosme et Saint Damien (partie 1)
Questions fréquentes
Qui a institué la première Journée de prière pour la Création?
Le patriarche oecuménique de Constantinople Dimitrios Ier en a pris l'initiative en 1989 pour le monde orthodoxe. Il a demandé que le 1er septembre soit consacré à la prière pour la Création et à la prise de conscience de la responsabilité humaine envers l'environnement.
Pourquoi parle-t-on parfois du patriarche Bartholomée Ier comme d'un fondateur?
Bartholomée Ier a donné à l'engagement écologique orthodoxe une forte visibilité internationale, mais l'initiative du 1er septembre revient à son prédécesseur Dimitrios Ier. Bartholomée Ier en a assuré la continuité, l'approfondissement théologique et le rayonnement oecuménique.
Que signifie l'indiction associée au 1er septembre?
L'indiction désignait historiquement un cycle de datation utilisé dans l'Empire romain. Dans la tradition byzantine, le 1er septembre est resté le commencement de l'année ecclésiastique. Cette ouverture de l'année liturgique a fourni le cadre au choix d'une journée consacrée à la Création.
Le pape François a-t-il créé cette journée?
Il ne l'a pas créée à l'origine. En 2015, François a institué officiellement pour l'Eglise catholique une journée annuelle portant ce nom, fixée au 1er septembre. Il a ainsi repris une initiative observée dans l'orthodoxie depuis 1989.
Pourquoi cette journée est-elle qualifiée d'oecuménique?
Elle est issue d'une initiative orthodoxe, puis a été reçue par l'Eglise catholique et par de nombreuses communautés protestantes. Des organismes et rassemblements oecuméniques ont également favorisé son adoption. Son caractère oecuménique résulte donc d'un élargissement progressif entre confessions chrétiennes.
Toutes les Eglises célèbrent-elles le 1er septembre de la même manière?
Non. La date commune n'impose ni un rite unique ni une autorité organisatrice commune. Chaque Eglise peut l'inscrire dans sa tradition liturgique, proposer ses propres textes ou participer à une célébration interconfessionnelle. L'unité porte principalement sur l'intention de prier pour la Création.