Le Nouvel An chinois, le Tết vietnamien et Seollal coréen marquent tous le passage à une nouvelle année dans des calendriers traditionnels d'Asie de l'Est. Ils partagent l'importance des retrouvailles, du renouveau et du respect familial, mais ne sont ni le même événement ni de simples variantes nationales. Les noms, rites domestiques, cuisines, tenues et symboles diffèrent selon les histoires et les pratiques locales.
Trois noms pour des fêtes apparentées, pas interchangeables
En Chine et dans de nombreuses communautés chinoises, la célébration est souvent appelée Fête du printemps ou Nouvel An chinois. Elle constitue le cadre de référence le plus connu en France, notamment à travers les défilés, les décorations rouges et les repas de réunion. La présentation générale du Nouvel An chinois permet d'en situer les principaux repères.
Au Vietnam, Tết signifie au sens large « fête ». Dans l'usage courant, il désigne le Tết Nguyên Đán, le Nouvel An traditionnel vietnamien. Employer « Tết » ne revient donc pas à nommer une version vietnamienne du Nouvel An chinois : il s'agit d'une fête vietnamienne, inscrite dans une histoire, une langue et des pratiques propres.
En Corée, Seollal désigne le Nouvel An traditionnel. Il est célébré sur plusieurs jours fériés en Corée du Sud et met particulièrement en avant les salutations rituelles aux aînés ainsi que le repas familial. Dans les trois cas, l'expression pratique « Nouvel An lunaire » peut servir de terme englobant, à condition de ne pas effacer le nom précis de la célébration concernée.
Une date proche ne suffit pas à rendre les fêtes identiques : chacune porte ses propres gestes familiaux, ses saveurs et ses références culturelles.
Calendrier : une même période, des repères nationaux
Ces fêtes se situent généralement à une période voisine, car elles reposent sur des traditions calendaires lunisolaires. Elles peuvent toutefois ne pas tomber le même jour. Le Tết vietnamien et le Nouvel An chinois coïncident souvent, mais des écarts sont possibles. Seollal est lui aussi lié au calendrier traditionnel coréen et survient habituellement dans le même intervalle saisonnier.
Il est donc plus juste de parler de célébrations contemporaines et apparentées que d'une unique fête asiatique. L'image d'un réveillon partagé est parlante, à condition de garder à l'esprit que le Réveillon du Nouvel An n'a pas davantage une forme universelle : une même idée de passage d'année prend des sens et des rituels différents selon les sociétés.
Famille et hommages : des priorités communes, des rites distincts
Les liens intergénérationnels sont centraux dans les trois célébrations. Les personnes éloignées cherchent souvent à rentrer auprès de leur famille, les repas rassemblent plusieurs générations et les aînés occupent une place particulière. Cette attention fait écho, sous une autre forme, à la Fête des Grands-Mères ou à la Fête des Pères, mais elle s'inscrit ici dans un temps collectif de passage à la nouvelle année.
Chine : réunion familiale et mémoire des ancêtres
Le repas de la veille réunit traditionnellement la famille lorsque cela est possible. Les hommages aux ancêtres existent dans de nombreux foyers, mais leurs formes varient selon les régions, les générations et les croyances. Il n'existe pas un protocole familial chinois unique.
Vietnam : foyer, ancêtres et retour familial
Au Tết, l'autel des ancêtres tient souvent une place importante dans la maison. Les visites familiales, l'entretien ou la visite des tombes selon les familles, et les premiers échanges de l'année participent à la continuité entre générations. Les usages peuvent différer entre le Nord, le Centre, le Sud et les foyers établis à l'étranger.
Corée : charye et sebae
Seollal est notamment associé au charye, hommage ancestral pratiqué dans certaines familles, et au sebae, salut respectueux adressé aux aînés. Les jeunes s'inclinent traditionnellement devant eux et reçoivent en retour des paroles de souhaits, parfois de l'argent. Ces pratiques ne se vivent pas avec la même intensité dans tous les foyers, mais elles structurent fortement l'image culturelle de Seollal.
À table et dans les tenues : des marqueurs immédiatement reconnaissables
Les repas expriment autant la convivialité que les souhaits de prospérité, de longévité ou d'abondance. Il faut toutefois éviter de réduire chaque fête à un menu figé : les recettes familiales et régionales comptent autant que les grands classiques.
- Nouvel An chinois : raviolis jiaozi dans certaines régions, poisson, gâteau de riz gluant niangao, plats servis pour leur sonorité ou leur symbolique favorable.
- Tết : bánh chưng carré, surtout associé au Nord, ou bánh tét cylindrique, plus courant dans le Sud, fruits confits, plateaux de fruits et préparations familiales.
- Seollal : soupe de gâteaux de riz tteokguk, souvent considérée comme le plat emblématique du passage à la nouvelle année, accompagnée de mets de fête qui varient selon les familles.
- Point commun : préparer, partager et servir les plats compte autant que leur composition exacte.
Côté vêtements, le hanbok coréen est une tenue traditionnelle fréquemment portée ou évoquée à Seollal. L'áo dài est très visible lors du Tết, notamment dans les photos familiales et les visites. En Chine, il n'y a pas une tenue unique imposée pour la Fête du printemps : le qipao, le hanfu ou des vêtements rouges peuvent être choisis, tandis que beaucoup portent simplement une tenue neuve et soignée.
Jeux, zodiaques et scènes publiques : ne pas confondre les symboles
Les animations publiques ne résument jamais une fête entière. Dans les communautés chinoises, danses du lion ou du dragon, pétards symboliques et rassemblements urbains sont très identifiés. Au Vietnam, des danses du lion et des jeux populaires peuvent aussi accompagner le Tết. En Corée, Seollal est volontiers associé au yutnori, jeu de plateau traditionnel, mais aussi à des jeux comme le jegichagi ou la balançoire neolttwigi.
Les trois univers utilisent des cycles animaux, sans les employer de manière parfaitement identique. Le Vietnam est particulièrement connu pour remplacer le lapin par le chat dans son cycle zodiacal. La Corée partage largement les douze animaux d'origine chinoise, avec ses propres noms et références culturelles. Pour identifier le système chinois sans amalgamer ces traditions, consultez les animaux et éléments du zodiaque chinois.
Dans les diasporas, préserver et adapter
Hors d'Asie, les célébrations s'adaptent aux rythmes scolaires, professionnels et urbains. Une famille peut organiser un repas à une autre date, associer plusieurs héritages culturels ou privilégier une cérémonie intime. Les associations, quartiers commerçants, écoles et lieux culturels rendent aussi ces fêtes visibles dans l'espace public. Cette dimension collective rappelle que la fête peut créer du voisinage et de la rencontre, comme lors de la Fête des Voisins, sans transformer les traditions en spectacle obligatoire.
La formulation la plus respectueuse consiste à demander ou à utiliser le nom choisi par les personnes concernées : Nouvel An chinois ou Fête du printemps, Tết, Seollal. Dire « Nouvel An lunaire » est utile pour parler de l'ensemble, mais nommer précisément chaque célébration reconnaît ce qui la rend singulière.
QU'EST-CE QUI EST DIFFÉRENT ? Comparaison du Nouvel An chinois, coréen, vietnamien et japonais (春節, 설날, Tết, 正月)
Questions fréquentes
Le Tết est-il le Nouvel An chinois au Vietnam ?
Non. Le Tết, généralement compris comme Tết Nguyên Đán, est le Nouvel An traditionnel vietnamien. Il partage des racines calendaires et certains symboles avec les célébrations chinoises, mais possède ses propres rites familiaux, plats, références historiques et usages linguistiques.
Seollal et le Nouvel An chinois tombent-ils toujours le même jour ?
Ils se situent habituellement dans une période très proche, liée aux calendriers traditionnels d'Asie de l'Est. La coïncidence est fréquente, mais il ne faut pas supposer une identité automatique des dates ni des manières de célébrer.
Pourquoi le chat est-il associé au Tết ?
Dans le cycle vietnamien des animaux, le chat occupe la place tenue par le lapin dans le cycle chinois. Cette différence est l'un des repères les plus connus pour distinguer les références zodiacales vietnamiennes et chinoises, sans résumer les fêtes à leurs animaux.
Quel plat distingue le plus Seollal ?
Le tteokguk, une soupe de fines tranches de gâteau de riz, est le mets le plus emblématique de Seollal. En manger est traditionnellement associé au fait d'entrer dans une nouvelle année, même si chaque famille peut composer un repas plus large et différent.
Peut-on dire « Nouvel An lunaire » pour les trois fêtes ?
Oui, comme expression générale pour évoquer des célébrations apparentées qui se déroulent à cette période. En revanche, lorsqu'il est question d'une communauté, d'un repas ou d'un rituel précis, il est préférable de dire Nouvel An chinois, Tết ou Seollal.
Les familles des diasporas célèbrent-elles de la même façon qu'en Chine, au Vietnam ou en Corée ?
Les pratiques diasporiques peuvent préserver des rites familiaux, des langues et des recettes, tout en s'adaptant aux contraintes locales et aux parcours de chaque foyer. Certaines célébrations sont très domestiques, d'autres prennent la forme de rassemblements associatifs ou publics.