Le mystère du Samedi saint affirme que Jésus a réellement connu la mort et rejoint le séjour des morts, sans être abandonné à son pouvoir. La formule du Credo « est descendu aux enfers » ne signifie donc pas qu'il aurait subi la damnation. Elle exprime sa solidarité avec les morts et annonce que sa victoire pascale atteint l'humanité jusque dans la profondeur de la mort.
Que désignent les « enfers » dans le Credo ?
Dans cette formule ancienne, le pluriel « enfers » ne désigne pas d'abord le lieu de la condamnation définitive. Il correspond au séjour des morts, souvent nommé Shéol dans la Bible hébraïque et Hadès dans le vocabulaire grec. Les anciens se le représentaient comme le domaine où les défunts demeuraient privés de la vie terrestre.
Il faut donc distinguer deux réalités que le français contemporain risque de confondre. L'« enfer » au singulier évoque habituellement la séparation définitive d'avec Dieu. Les « enfers » du Credo désignent le monde des morts auquel le Christ appartient véritablement après sa mort. Cette distinction ne décrit pas nécessairement un lieu physique situé sous la terre : elle relève d'un langage religieux et symbolique sur la condition des défunts.
La descente aux enfers complète ainsi l'affirmation de la sépulture. Jésus n'a pas seulement semblé mourir : il a traversé la mort humaine dans toute sa réalité. Pour replacer ce mystère dans son contexte liturgique, on peut consulter la présentation du Samedi saint.
Pourquoi le Christ descend-il au séjour des morts ?
La tradition chrétienne ne comprend pas cette descente comme une nouvelle souffrance ajoutée à la Passion. Sur la croix, l'offrande du Christ est accomplie. Sa venue parmi les morts manifeste plutôt les effets de cette victoire : celui qui est mort rejoint ceux qui l'ont précédé et leur annonce la libération.
Plusieurs dimensions théologiques se rejoignent :
- La réalité de la mort du Christ : il partage pleinement la condition des hommes jusque dans le tombeau et le séjour des morts.
- La portée universelle du salut : son œuvre ne concerne pas uniquement ses contemporains, mais aussi les générations antérieures.
- La victoire sur la mort : le Christ entre dans son domaine non comme un captif définitif, mais comme celui qui en brise la domination.
- L'accomplissement de l'attente : les justes de l'ancienne Alliance sont traditionnellement présentés comme attendant l'ouverture du salut.
- L'unité du mystère pascal : mort, séjour parmi les morts et résurrection sont distingués sans être séparés.
Dire que le Christ descend ne signifie donc pas qu'il s'éloigne davantage de Dieu ou qu'il doit être sauvé. Le langage de la descente exprime son abaissement volontaire et son entrée dans une condition dont il délivre l'humanité.
Quels sont les appuis bibliques de cette affirmation ?
Aucun récit biblique ne décrit la descente aux enfers comme les Évangiles racontent la Passion ou les apparitions du Ressuscité. La doctrine s'appuie sur plusieurs passages rapprochés et interprétés par la tradition. Il convient donc de ne pas transformer ces textes en reportage détaillé sur l'au-delà.
Des textes brefs, reçus dans une lecture d'ensemble
Dans les Actes des Apôtres, le discours de Pierre applique au Christ un psaume selon lequel Dieu ne l'abandonne pas au séjour des morts. Le passage affirme à la fois sa mort réelle et le fait qu'elle ne peut le retenir.
La première lettre de Pierre évoque le Christ allant proclamer un message « aux esprits en prison », puis parle de l'annonce faite aux morts. Ces versets sont difficiles et ont reçu plusieurs interprétations. La tradition y a néanmoins reconnu un appui important pour confesser que la bonne nouvelle atteint le domaine des morts.
La lettre aux Éphésiens mentionne également une descente « dans les régions inférieures ». Certains lecteurs y voient le séjour des morts ; d'autres comprennent une référence à l'incarnation ou à la terre. Ce texte contribue au langage traditionnel, mais son interprétation isolée ne suffit pas à établir tous les aspects de la doctrine.
D'autres rapprochements, comme le signe de Jonas ou les paroles bibliques sur les portes de la mort, nourrissent la compréhension symbolique. Le Credo condense ainsi une lecture cohérente de l'Écriture plutôt qu'une description fondée sur un seul verset.
Pourquoi les icônes montrent-elles le Christ relevant Adam et Ève ?
Dans la tradition chrétienne orientale, l'image majeure de la Résurrection est souvent l'Anastasis, mot grec signifiant « relèvement » ou « résurrection ». Le Christ glorieux y descend dans le monde des morts. Sous ses pieds apparaissent fréquemment des portes brisées, des verrous, des chaînes ou un gouffre obscur : autant de signes de la puissance désormais vaincue de la mort.
Le Christ saisit Adam et Ève par les poignets pour les tirer hors de leurs tombeaux. Ce geste est essentiel : ils ne remontent pas par leur propre force, mais sont relevés par lui. Adam et Ève représentent les premiers parents bibliques et, à travers eux, toute l'humanité captive de la mort.
Autour d'eux peuvent figurer des justes et des prophètes de l'ancienne Alliance, notamment David, Salomon ou Jean le Baptiste. L'icône ne prétend pas fournir une photographie de l'au-delà. Elle rend visible une affirmation théologique : la résurrection du Christ inaugure le relèvement de l'humanité.
Comment tenir ensemble tombeau, descente et résurrection ?
Le corps de Jésus repose au tombeau tandis que, selon le langage traditionnel, sa personne rejoint le séjour des morts. Cette distinction ne divise pas le Christ : elle sert à confesser qu'il a assumé la condition humaine jusque dans la séparation réelle du corps et de l'âme propre à la mort.
La descente aux enfers n'est ni une seconde chance décrite en détail pour chaque défunt, ni un voyage mythologique autonome. Elle appartient au mouvement unique du mystère pascal. Le Crucifié rejoint les morts ; celui que la mort ne peut retenir ressuscite ; et sa victoire ouvre à l'humanité une communion avec Dieu que la mort ne peut définitivement fermer.
Questions fréquentes
Jésus a-t-il souffert en enfer après sa mort ?
La doctrine chrétienne ne présente pas la descente aux enfers comme une prolongation des souffrances de la croix. Le Christ rejoint le séjour des morts en vainqueur et y manifeste les fruits de son offrande déjà accomplie.
Le mot « enfers » a-t-il le même sens que la damnation éternelle ?
Non. Dans l'article du Credo, les « enfers » désignent le séjour des morts, et non l'état de séparation définitive d'avec Dieu habituellement appelé enfer. Cette différence de vocabulaire est indispensable pour comprendre la formule.
La Bible raconte-t-elle directement ce que Jésus a fait parmi les morts ?
La Bible ne donne pas de récit continu de cet épisode. La confession chrétienne repose sur le rapprochement de plusieurs passages, notamment dans les Actes, la première lettre de Pierre et la lettre aux Éphésiens, interprétés avec prudence.
Adam et Ève ont-ils été les seuls relevés par le Christ ?
Dans l'icône orientale, Adam et Ève représentent toute l'humanité. D'autres figures bibliques les accompagnent souvent. L'image ne cherche pas à dresser une liste exhaustive des sauvés, mais à manifester la portée universelle de la victoire du Christ.
La descente aux enfers se confond-elle avec la résurrection ?
Les deux affirmations sont liées mais distinctes. La descente exprime l'entrée réelle du Christ dans la condition des morts ; la résurrection proclame qu'il en sort vivant et glorifié. Ensemble, elles appartiennent à l'unique mystère pascal.