Tim Berners-Lee est l'inventeur du World Wide Web; Robert Cailliau en fut un collaborateur et un promoteur essentiel au CERN. Le Web est né dans ce laboratoire européen parce que des milliers de scientifiques, répartis entre plusieurs pays et équipés de systèmes informatiques différents, devaient partager des documents en constante évolution. La proposition de 1989 répondait à ce problème par un système d'information fondé sur des liens, ensuite rendu utilisable et ouvert.
Pourquoi le Web est-il né au CERN ?
Le CERN est un grand centre de recherche en physique des particules installé près de Genève. Ses expériences réunissent durablement du personnel du laboratoire, des chercheurs invités, des universités et des instituts partenaires. Cette organisation produit des notes, des rapports, des manuels, des listes de contacts et des descriptions techniques dont les relations peuvent être aussi importantes que le contenu.
Dans les années 1980, ces informations étaient réparties entre plusieurs ordinateurs, logiciels et formats. Les équipes changeaient, certains chercheurs ne restaient que temporairement sur place et une partie des connaissances dépendait de personnes précises. Retrouver le bon document, comprendre à quel projet il appartenait ou suivre ses relations avec d'autres ressources pouvait donc devenir difficile.
Le CERN offrait ainsi quatre conditions particulièrement favorables à l'apparition du Web :
- une communauté scientifique internationale ayant besoin d'échanger à distance;
- une grande quantité de documents liés entre eux, mais dispersés;
- des ordinateurs et systèmes incompatibles qu'il fallait faire communiquer sans les uniformiser;
- une culture de coopération scientifique propice au partage des outils et des résultats.
Le problème initial n'était donc pas de créer des boutiques, des réseaux sociaux ou des médias en ligne. Des usages ultérieurs, illustrés par l'histoire d'Amazon ou l'apparition du premier tweet, se sont développés sur une infrastructure conçue à l'origine pour organiser et relier l'information.
Tim Berners-Lee : l'inventeur du World Wide Web
Ingénieur logiciel britannique, Tim Berners-Lee travaille d'abord comme consultant au CERN en 1980. Il y réalise Enquire, un programme personnel permettant d'associer des fiches d'information par des liens. Ce système n'est pas encore le Web, mais il révèle une idée durable : représenter les relations entre personnes, projets, machines et documents plutôt que ranger toute l'information dans une hiérarchie rigide.
Revenu au CERN comme fellow, Berners-Lee rédige en mars 1989 Information Management: A Proposal. Il y décrit un système hypertexte destiné à répondre aux pertes d'information dans une organisation complexe. Son responsable, Mike Sendall, annote la proposition par la formule devenue célèbre « vague but exciting », sans qu'elle constitue alors l'approbation d'un produit achevé.
Berners-Lee transforme ensuite le concept en système opérationnel. Il conçoit les mécanismes fondamentaux du Web et développe sur un ordinateur NeXT le premier serveur ainsi que le premier navigateur-éditeur. Le détail de leur articulation relève du dossier consacré au fonctionnement du premier site, du serveur et du navigateur.
Le Web n'a pas été imaginé comme une collection fermée de documents, mais comme un espace extensible où une ressource peut renvoyer vers une autre.
Robert Cailliau : collaborateur, défenseur et organisateur
Robert Cailliau est un ingénieur informatique belge travaillant au CERN. Il réfléchissait lui aussi à des moyens hypertextes pour faciliter l'accès à la documentation du laboratoire. En 1990, il rejoint l'effort de Berners-Lee et participe à une version remaniée de la proposition.
Leurs rôles doivent être formulés avec précision. Berners-Lee est reconnu comme l'inventeur du World Wide Web. Cailliau n'est pas l'auteur de la proposition originale de 1989 et ne doit pas être présenté comme l'unique inventeur. Son apport fut néanmoins déterminant pour transformer une initiative encore fragile en projet soutenu et visible. Il a notamment :
- aidé à reformuler et à présenter le projet au sein du CERN;
- défendu l'attribution de ressources humaines et matérielles;
- contribué aux premiers développements, notamment autour de navigateurs pour d'autres environnements;
- favorisé les contacts avec des équipes et communautés extérieures;
- participé à l'organisation des premières conférences internationales consacrées au Web.
Cette distinction évite deux simplifications opposées : effacer Cailliau du récit ou attribuer exactement le même rôle aux deux hommes. La naissance du Web associe une invention clairement identifiée à un travail collectif de développement, de soutien institutionnel et de diffusion.
De la proposition de 1989 à un système universel
La proposition de 1989 partait d'un besoin local, mais son principe ne dépendait pas de la physique des particules. Un document devait pouvoir pointer vers un autre sans imposer une base centrale unique à toutes les organisations. Cette souplesse rendait le système applicable à des universités, des entreprises ou des particuliers.
Le passage de l'idée à un réseau mondial a reposé sur plusieurs choix cohérents :
- ne pas exiger que tous les documents soient conservés sur la même machine;
- permettre aux auteurs de publier sans demander l'autorisation d'une autorité centrale;
- faire fonctionner les échanges sur l'infrastructure d'Internet déjà existante;
- autoriser l'ajout progressif de nouveaux serveurs, documents et liens;
- rendre les spécifications accessibles afin que d'autres développent leurs propres outils.
Ce modèle explique comment des projets très différents ont ensuite pu coexister, du partage encyclopédique associé à Wikipédia à la publication vidéo illustrée par YouTube. Il permet aussi à plusieurs navigateurs d'accéder au même espace documentaire, principe que rappelle l'histoire de Firefox.
Pourquoi l'ouverture décidée par le CERN fut-elle décisive ?
Le 30 avril 1993, le CERN plaça le logiciel du Web dans le domaine public et autorisa son utilisation libre. Une mise à disposition ultérieure sous licence ouverte confirma cette orientation. Ce choix réduisait le risque qu'une organisation doive payer une redevance au CERN pour créer un serveur, développer un navigateur ou publier des pages.
L'ouverture ne signifie pas que tout contenu publié sur le Web est libre de droits. Elle concerne les technologies permettant de construire et d'utiliser le réseau documentaire. Elle ne supprime ni le droit d'auteur sur les textes et les images, ni les règles applicables aux services en ligne.
Cette décision a produit trois effets structurants : elle a facilité l'adoption du Web hors du CERN, encouragé des implémentations concurrentes et préservé l'interopérabilité d'un espace commun. Le contraste est important avec un service possédé par une seule entreprise : le Web est une plateforme ouverte sur laquelle des services indépendants peuvent apparaître.
La diffusion au-delà de la communauté scientifique marque une étape distincte, présentée par l'anniversaire du World Wide Web public. Quant à l'anniversaire du premier site web, il rappelle la première présence éditoriale de ce système conçu par Berners-Lee, soutenu par Cailliau et rendu mondialement reproductible grâce à l'ouverture du CERN.
Les Dieux de l'Informatique S01E07 Tim Berners-Lee et Les Horribles Cernettes
Questions fréquentes
Tim Berners-Lee et Robert Cailliau sont-ils tous les deux inventeurs du Web ?
Tim Berners-Lee est reconnu comme l'inventeur du World Wide Web. Robert Cailliau fut un collaborateur majeur : il a participé à la reformulation du projet, recherché des ressources, contribué à son développement et favorisé sa diffusion. Les qualifier indistinctement de co-inventeurs masque la différence entre leurs rôles.
Quel problème Tim Berners-Lee voulait-il résoudre en 1989 ?
Il voulait limiter la perte et la fragmentation de l'information au CERN. Les documents étaient distribués entre équipes, machines et logiciels différents, tandis que les collaborateurs changeaient régulièrement. Son projet devait permettre de suivre facilement les relations entre personnes, expériences, équipements et documents.
Robert Cailliau avait-il travaillé sur l'hypertexte avant sa collaboration avec Berners-Lee ?
Oui. Robert Cailliau s'intéressait à des systèmes hypertextes pour la documentation du CERN et avait formulé sa propre proposition. Il a ensuite uni ses efforts à ceux de Berners-Lee, dont le projet est devenu le World Wide Web.
Le CERN a-t-il inventé Internet ?
Non. Internet existait avant le Web et fournit l'infrastructure de réseau sur laquelle celui-ci fonctionne. Le Web, créé au CERN, est un système permettant d'identifier, de relier, de transmettre et de consulter des ressources au moyen de logiciels compatibles.
Pourquoi la gratuité des technologies du Web était-elle importante ?
L'absence de redevance due au CERN a permis aux universités, entreprises, développeurs et particuliers d'adopter le Web sans négocier une autorisation commerciale. Cette ouverture a favorisé la multiplication des serveurs et navigateurs compatibles, ainsi que l'expansion mondiale du système.
Le Web serait-il resté un outil scientifique sans Robert Cailliau ?
Il est impossible d'établir avec certitude un scénario alternatif. Son travail de promotion, de recherche de moyens et d'organisation a cependant aidé le projet à gagner une reconnaissance institutionnelle et internationale. Sa contribution fut donc importante dans le passage d'une invention individuelle à un projet largement adopté.