Une campagne anticorruption responsable doit indiquer clairement le comportement attendu, les ressources disponibles et les garanties offertes, sans accuser ni promettre ce que l'organisation ne peut assurer. Sa crédibilité repose sur des objectifs mesurables, une tonalité sobre, un canal de signalement correctement décrit, la protection des informations sensibles et une validation juridique préalable. Le message doit permettre d'agir, mais jamais encourager une enquête improvisée ou une dénonciation publique.
Définir un objectif et un public avant le message
Une campagne institutionnelle ne peut pas tout accomplir à la fois. Il faut choisir un objectif principal observable : faire connaître une règle, améliorer l'identification des situations à risque, orienter vers un dispositif d'alerte ou rappeler les obligations applicables à une fonction. La Journée internationale de lutte contre la corruption peut fournir un cadre de sensibilisation, mais le contenu doit rester adapté aux procédures réelles de l'organisation.
Le public détermine le vocabulaire, les exemples et le canal. Des agents publics, des salariés, des fournisseurs, des étudiants ou des usagers ne disposent ni des mêmes responsabilités ni des mêmes moyens d'action. Une campagne externe doit notamment éviter de révéler des contrôles internes ou des coordonnées réservées au personnel.
- Formuler un objectif unique : préciser ce que le destinataire doit comprendre ou faire après exposition au message.
- Segmenter les publics : distinguer les personnes soumises à une obligation, celles qui conseillent et celles qui peuvent signaler.
- Définir un indicateur : suivre, par exemple, la consultation d'une procédure ou les demandes adressées au service compétent.
- Vérifier la capacité de réponse : s'assurer que les équipes et canaux annoncés peuvent absorber les sollicitations.
- Prévoir une durée de validité : retirer ou corriger les supports lorsque les contacts et procédures changent.
Choisir une tonalité et des symboles crédibles
La tonalité la plus sûre est factuelle, ferme sur les principes et non accusatoire. Les formules anxiogènes, les injonctions vagues et les promesses absolues fragilisent le message. Dire « chaque signalement sera traité selon la procédure applicable » est plus prudent que promettre une confidentialité ou une sanction garanties en toutes circonstances.
Les images de menottes, d'argent dissimulé ou de silhouettes anonymes peuvent réduire le sujet à la criminalité spectaculaire. Des visuels liés à la décision, à la traçabilité, à l'impartialité ou au contrôle illustrent mieux une démarche de prévention. Cette sobriété rejoint les précautions nécessaires pour communiquer sur la justice internationale ou sur le droit à la vérité concernant les violations des droits humains : une cause forte ne dispense jamais de précision.
Un message responsable décrit une conduite et une procédure, pas la culpabilité supposée d'une personne.
Construire un appel à l'action utilisable et sûr
« Agissez » ou « dites non à la corruption » ne suffit pas. L'appel à l'action doit préciser qui contacter, dans quel cas, par quel canal et avec quelles précautions. Il peut inviter à consulter une politique, demander conseil avant une décision, déclarer un conflit d'intérêts ou utiliser un dispositif de signalement prévu à cet effet.
- Donner l'intitulé exact du service ou du canal compétent.
- Expliquer brièvement les situations auxquelles il est destiné.
- Indiquer les informations utiles, sans demander de collecter des preuves illégalement.
- Présenter avec exactitude les conditions de confidentialité et de suivi.
- Proposer une solution accessible aux personnes qui ne peuvent utiliser le canal principal.
- Distinguer une demande de conseil, une urgence et un signalement formel.
Une campagne ne doit pas inciter à confronter une personne soupçonnée, publier son identité ou fouiller ses communications. Les mêmes principes de protection sont essentiels dans les communications concernant la lutte contre la traite d'êtres humains, où une invitation à agir mal encadrée peut exposer les personnes concernées.
Protéger la confidentialité et la présomption d'innocence
Ne pas transformer une allégation en affirmation
Une allégation, un signalement, une enquête et une décision établie sont des stades distincts. Les supports doivent employer le terme correspondant à la situation réelle. Il faut bannir les formulations identifiantes ou affirmatives lorsqu'aucune décision compétente n'a établi les faits. Cette prudence protège les personnes mises en cause, les auteurs de signalement, les témoins et l'intégrité des vérifications.
La distinction peut être éclairée par les notions présentées dans le dossier Corruption : définition, types et notions proches, sans introduire dans la campagne une qualification juridique prématurée.
Limiter les informations diffusées
Les exemples doivent être fictifs, composites et suffisamment génériques pour ne pas permettre une réidentification. Les captures d'écran, témoignages et statistiques internes nécessitent une vérification de leur base de diffusion. Même anonymisé, un récit détaillé peut révéler une identité par recoupement.
La retenue est également indispensable lorsqu'une campagne aborde des victimes ou des procédures sensibles, comme lors de la Journée internationale des victimes de disparition forcée ou de la Journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture.
Appliquer une grille de validation avant diffusion
La validation finale doit être documentée et proportionnée au support. Communication contrôle la clarté, conformité vérifie l'alignement avec les procédures, juridique examine les risques d'allégation et de promesse, la protection des données encadre les informations personnelles, et les responsables opérationnels confirment que l'appel à l'action fonctionne réellement.
- Exactitude : chaque règle, contact et procédure est-il à jour et vérifiable ?
- Prudence juridique : le texte évite-t-il toute accusation, qualification définitive ou promesse absolue ?
- Confidentialité : une personne ou une affaire peut-elle être reconnue directement ou indirectement ?
- Utilité : le destinataire sait-il précisément quoi faire et quoi ne pas faire ?
- Accessibilité : contraste, taille du texte, sous-titres, texte alternatif et langage compréhensible ont-ils été vérifiés ?
- Cohérence : les versions imprimée, numérique, vidéo et multilingue transmettent-elles les mêmes garanties ?
- Gouvernance : un responsable, une date de révision et une procédure de retrait sont-ils définis ?
Le test final consiste à lire chaque phrase du point de vue d'un salarié inquiet, d'une personne mise en cause et d'un destinataire extérieur. Si une formulation peut provoquer une exposition, une fausse certitude ou une action risquée, elle doit être corrigée avant publication.
L'AFA présente « En quête d'intégrité », le jeu sérieux de prévention de la corruption
Questions fréquentes
Peut-on garantir l'anonymat dans une campagne anticorruption ?
Il ne faut garantir l'anonymat que si le dispositif et le droit applicable permettent réellement de le préserver. Le terme « confidentialité » ne doit pas non plus être présenté comme une protection absolue. La formulation doit décrire précisément les conditions, limites et personnes autorisées à accéder aux informations.
Faut-il employer le mot corruption dans tous les messages ?
Non. Le terme est pertinent pour nommer la politique générale, mais un message opérationnel peut viser une conduite précise, une règle ou une procédure. Employer une qualification juridique forte à propos d'un cas non établi augmente le risque d'accusation prématurée.
Une campagne peut-elle raconter une affaire réelle ?
Oui, uniquement après une validation rigoureuse des droits de diffusion, de la situation procédurale, des données personnelles et du risque de réidentification. Un exemple fictif ou composite est généralement plus prudent pour expliquer un dilemme sans exposer les protagonistes.
Qui doit valider une campagne anticorruption institutionnelle ?
La validation devrait associer au minimum les responsables de la communication, de la conformité ou de l'éthique, le service juridique et le propriétaire du canal annoncé. La protection des données, les ressources humaines, la sécurité et l'accessibilité peuvent aussi être requises selon le contenu et les publics.
Comment mesurer la réussite sans compter les signalements ?
Le nombre de signalements, pris isolément, ne mesure ni l'intégrité ni l'efficacité d'une campagne. Il est possible d'observer la compréhension des messages, la consultation des procédures, les demandes de conseil, la connaissance des canaux et la capacité des équipes à orienter correctement les personnes.
Que faut-il faire si une information de la campagne devient obsolète ?
Le support doit être corrigé ou retiré rapidement sur tous les canaux maîtrisés. Une campagne responsable prévoit dès sa conception un propriétaire, une échéance de révision, l'inventaire des versions diffusées et un moyen de signaler une erreur ou un lien défaillant.