Parler des mutilations génitales féminines (MGF) exige une communication à la fois ferme sur les droits et prudente sur la manière. Une campagne peut protéger... ou exposer, réduire... ou stigmatiser. Ce guide propose des choix concrets (message, images, témoignages, chiffres, publics, ressources d’aide) pour produire des contenus utiles, respectueux et sécurisés, quel que soit votre cadre d’intervention.
Structurer un message clair, utile et non stigmatisant
Avant de créer un visuel ou un texte, posez l’objectif : informer, orienter vers l’aide, mobiliser, former des professionnels, ou soutenir des personnes concernées. Un message responsable combine trois niveaux : droits (protection, intégrité, égalité), réalité (faits vérifiables, sans sensationnalisme), solutions (ressources, accompagnement, prévention).
Évitez les généralisations sur des pays, religions ou « communautés ». Préférez des formulations centrées sur les personnes et les situations : « des filles peuvent être exposées à un risque », « des familles peuvent subir des pressions », « des personnes peuvent chercher du soutien ». Si vous publiez à l’occasion de la Journée internationale de tolérance zéro à l'égard des mutilations génitales féminines, ancrez le contenu dans l’action : savoir repérer, orienter, protéger, se former.
Choisir des images et des mots qui protègent
Les visuels doivent informer sans choquer ni exposer. Les images explicites, médicalisées ou intrusives peuvent retraumatiser et décourager les personnes concernées de demander de l’aide. Elles peuvent aussi renforcer une logique d’« altérisation » (regard extérieur sur « les autres »). Préférez des supports qui soutiennent la dignité, l’accès aux droits et la solidarité.
- Privilégier des visuels symboliques (rubans, mains, silhouettes, illustrations neutres) ou des scènes de soutien (écoute, médiation, formation), plutôt que des corps ou des scènes d’examen.
- Éviter l’exotisation (tenues, lieux, accessoires) utilisée pour « signifier » une origine : l’objectif est la protection, pas l’identification.
- Soigner le vocabulaire : parler de « personnes concernées » ou « survivantes » selon l’auto-désignation ; éviter les termes déshumanisants ou infantilisants.
- Ne pas confondre information et accusation : proscrire les titres accusatoires visant un groupe ; privilégier la responsabilité collective de prévention et de protection.
- Limiter les détails graphiques : décrivez les enjeux et les conséquences avec sobriété, et renvoyez vers des ressources professionnelles pour les informations médicales.
- Prévoir un avertissement de contenu si un passage peut heurter, et proposer une sortie vers une ressource d’aide.
Protéger les témoignages : sécurité, anonymisation, consentement
Un témoignage n’est jamais un « contenu » neutre : il engage la sécurité, la santé et parfois le statut administratif, familial ou communautaire de la personne. La règle pratique : aucune diffusion sans bénéfice clair pour la personne concernée, et sans mesures de protection adaptées.
Checklist de consentement et de réduction des risques
- Consentement explicite : expliquer l’objectif, les canaux, la durée de diffusion, la possibilité de republication et de commentaires.
- Consentement libre : vérifier l’absence de pression (institutionnelle, familiale, associative) et proposer des alternatives (témoignage écrit, anonyme, off).
- Minimisation des identifiants : changer prénom, voix, visage, lieux, détails biographiques ; éviter les combinaisons qui « recoupent » l’identité.
- Gestion des traces : anticiper captures d’écran, archivage et partage ; convenir ensemble de ce qui est acceptable.
- Accompagnement : proposer une présence de soutien pendant l’entretien et un suivi après publication (effet de retour, réactions, charge émotionnelle).
- Droit de retrait : prévoir une procédure réaliste (qui contacter, délais, ce qui peut être supprimé) et l’indiquer clairement.
- Protection des mineures : redoubler de prudence ; dans le doute, ne pas diffuser d’éléments permettant une identification.
Vérifier les chiffres et contextualiser sans dramatisation
Les MGF font l’objet de chiffres et d’estimations souvent repris sans précaution. Une communication responsable ne « gonfle » pas les données pour mobiliser : elle qualifie ce qu’elle affirme. Lorsque vous mentionnez des ordres de grandeur, précisez s’il s’agit d’estimations, de données déclaratives, d’enquêtes de prévalence, ou de statistiques de prise en charge. Si vous ne pouvez pas vérifier une donnée, ne l’utilisez pas.
Évitez les comparaisons simplistes entre pays ou groupes. Préférez des formulations qui aident à comprendre la prévention : facteurs de risque, moments de vulnérabilité, signaux d’alerte, et possibilités d’orientation. Un bon indicateur de qualité : le lecteur sait quoi faire après lecture (se former, parler à un professionnel, orienter vers un service, demander de l’aide), sans emporter une vision stéréotypée.
Adapter aux publics et intégrer des ressources d’aide
Le même contenu ne convient pas à tous. Pour le grand public, privilégiez la sensibilisation et l’orientation. Pour les professionnels (éducation, santé, social), ajoutez des éléments pratico-pratiques : posture d’écoute, confidentialité, signaux, documentation interne, circuit de signalement selon votre cadre. Pour un public jeune, évitez les descriptions intrusives ; insistez sur le droit au corps, le consentement et la possibilité de demander de l’aide.
Dans tous les cas, terminez par des points de contact concrets et sûrs : un service interne (référent protection, infirmier scolaire, assistant social), une association locale, ou des dispositifs publics généralistes. N’affichez pas de numéros ou d’adresses non vérifiés. Si vous hébergez une collecte de dons, séparez clairement l’appel aux dons de l’orientation des personnes concernées, afin qu’elles ne se sentent pas instrumentalisées.
Repère simple : une campagne réussie augmente l’accès à l’aide et la compréhension, sans exposer ni isoler les personnes concernées.
Questions fréquentes
Comment parler des MGF à l'école sans choquer les élèves ?
Utilisez un cadre droits-santé-protection, sans détails anatomiques. Préférez des messages sur l'intégrité du corps, l'accès à l'aide et l'écoute. Prévoyez un espace de questions, des adultes référents identifiés, et une possibilité de demander de l'aide en privé.
Peut-on publier un témoignage audio ou vidéo en garantissant l'anonymat ?
L'anonymat total est rare. Réduisez les risques : visage et voix modifiés, éléments biographiques floutés, lieux et dates retirés, commentaires modérés. Expliquez les limites (partage, captures), recueillez un consentement éclairé, et prévoyez une procédure de retrait.
Quels éléments doivent figurer dans un post court sur les réseaux sociaux ?
Un post court doit contenir : un message centré sur les droits et la protection, une formulation non stigmatisante, un visuel non intrusif, et un renvoi clair vers une ressource d'aide fiable. Évitez les chiffres non vérifiés et les généralisations culturelles.
Comment éviter l'instrumentalisation des personnes concernées dans une campagne ?
Ne faites pas reposer l'impact sur des récits de souffrance. Diversifiez les formats (information, orientation, formation), rémunérez ou compensez le temps si une personne contribue, et vérifiez que sa participation apporte un bénéfice réel, avec possibilité de refuser ou d'arrêter à tout moment.
Que faire si une personne se confie après avoir vu une publication ?
Accueillez sans jugement, remerciez la confiance, et clarifiez la confidentialité et ses limites selon votre rôle. Évitez d'enquêter ou de promettre. Orientez vers un professionnel ou un dispositif adapté, proposez un accompagnement pour les démarches et documentez uniquement ce qui est nécessaire.