Pronoms et accords : parler respectueusement de la non-binarité
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Parler respectueusement de la non-binarité en français tient souvent à des détails : comment demander les pronoms sans mettre la personne sur la sellette, quoi faire quand on ne sait pas, et comment accorder les mots sans alourdir la conversation. Ce guide propose des formulations prêtes à l’emploi, des options d’accords possibles et des solutions simples pour les situations courantes, à l’oral comme à l’écrit.

Demander les pronoms sans contraindre

La meilleure règle est de laisser de l’espace : offrir l’option, sans exiger une réponse ni faire de la curiosité une étape obligatoire. En contexte professionnel, scolaire ou associatif, on peut aussi créer des occasions où tout le monde peut partager ses pronoms, ce qui évite de cibler une seule personne.

  • Se présenter en premier : « Bonjour, je m’appelle Sam, je dis il. Et toi, tu préfères quels pronoms ? »
  • Proposer une sortie : « Si tu veux répondre : quels pronoms tu utilises ? »
  • Demander le prénom d’usage : « Tu veux que je t’appelle comment ? » (utile même si la personne ne souhaite pas discuter de pronoms)
  • Vérifier discrètement : « Je veux être sûr·e de bien te parler : je dis tu mais, quand on parle de toi, c’est il, elle, iel... ? »
  • En groupe : « Tour de table : prénom et, si vous le souhaitez, vos pronoms. »
  • Éviter les questions intrusives : on ne demande pas de “vrai prénom”, de “sexe”, ni d’explication personnelle pour “justifier” un pronom.

Quand on ne sait pas : prénom, reformulation et neutralité

Si vous ne connaissez pas les pronoms d’une personne, la solution la plus sûre est souvent de réduire l’usage des pronoms et d’augmenter celui du prénom, surtout dans les premières interactions. À l’oral, des reformulations peuvent éviter un choix forcé.

Exemples utiles :

  • Au lieu de « Il/elle arrive » : « Alex arrive », « La personne arrive ».
  • Au lieu de « Je lui ai envoyé » : « J’ai envoyé le message à Alex ».
  • Au lieu de « Content·e de te voir » (accord incertain) : « Ravi de te voir » si votre propre accord est connu, ou « Ça fait plaisir de te voir ».

En contexte écrit (email, compte rendu), on peut utiliser le prénom et des tournures impersonnelles : « Merci pour la contribution », « La demande a été transmise ». L’objectif n’est pas d’effacer la personne, mais de ne pas imposer une catégorisation en attendant une préférence exprimée.

Comprendre « iel » et les usages possibles

« Iel » est un pronom personnel neutre ou inclusif utilisé par certaines personnes non binaires (et parfois par d’autres) en français. Il n’est pas universel : certaines personnes préfèrent il, elle, l’alternance selon les contextes, ou éviter les pronoms. Le plus respectueux reste donc la préférence individuelle.

Dans la pratique, « iel » se rencontre surtout à l’écrit et dans des milieux où l’usage est déjà partagé. À l’oral, certaines personnes le prononcent comme « yèl », d’autres adaptent selon leurs habitudes. Plutôt que de supposer, vous pouvez demander : « Tu utilises iel ? Et tu veux que je le prononce comment ? »

Accords : options courantes et choix à suivre

Les accords en français (adjectifs, participes, métiers) posent souvent plus de difficultés que les pronoms. Il n’existe pas une seule solution : beaucoup de personnes non binaires choisissent une option stable ; d’autres alternent selon les moments. Le point clé : suivre ce qui est demandé et, en cas de doute, privilégier des formulations simples.

Stratégies d’accords utilisables au quotidien

  • Accord au féminin ou au masculin selon la préférence : « Elle est prête », « Il est prêt ».
  • Accord double (surtout à l’écrit) : « prêt·e », « content·e ». À réserver aux contextes où la personne l’utilise ou l’accepte, car tout le monde n’aime pas cette écriture.
  • Accord épicène (mots identiques au féminin/masculin) : « calme », « responsable », « sympathique », « incroyable ».
  • Tournures sans accord marqué : « avec plaisir », « merci d’être venu·e » (si accepté) ou « merci d’être là ».
  • Fonctions et métiers : utiliser la forme demandée (« auteur », « autrice », « auteur·ice »...), ou contourner (« la personne en charge », « l’équipe », « la direction ») si l’option n’est pas définie.

Quand vous rédigez pour un public large, gardez une règle simple : cohérence (ne pas changer de système au fil du texte) et lisibilité. En cas d’incertitude, mieux vaut une phrase neutre claire qu’une construction lourde.

Formulaires, signatures et corrections : bien faire sans se recentrer

Les formulaires et outils (inscription, RH, CRM, billetterie) peuvent aider, à condition de ne pas piéger. Préférez un champ Prénom d’usage et un champ Pronoms en texte libre (« il/lui », « elle/elle », « iel/ellui », « aucun / prénom uniquement »...), avec une option « je préfère ne pas répondre ». Évitez d’imposer une liste fermée si elle n’est pas nécessaire.

En signature de mail, l’ajout volontaire de pronoms peut normaliser l’échange : « Sam Dupont (il/lui) ». Ce n’est pas obligatoire : l’important est de ne pas exiger la même chose de tout le monde.

Si vous vous trompez (pronom, accord, prénom), réparez vite et simplement :

  • Corrigez : « Pardon, iel », puis continuez.
  • Si nécessaire, ajoutez : « Merci de me l’avoir dit. »
  • Évitez de dramatiser (« je suis nul·le », « je vais y arriver un jour ») : cela recentre la scène sur vous.
  • En public, corrigez sans exposer la personne ; en privé, un bref message peut suffire.

Pour approfondir le contexte et retrouver les autres repères liés à cette date, voir la Journée internationale des personnes non binaires.

Questions fréquentes

Comment parler d'une personne non binaire au pluriel ou dans une équipe ?

Utilisez le prénom ou le rôle (« la personne référente », « l'équipe ») et reformulez pour limiter les pronoms. Si les pronoms sont connus, appliquez-les de façon cohérente. En cas de texte collectif, explicitez la règle d'accord adoptée en amont.

Que faire si la personne change de pronoms selon les moments ?

Suivez l'information la plus récente, sans exiger de justification. Vous pouvez demander : « Tu veux que j'utilise quels pronoms aujourd'hui ? » Si cela varie selon les contextes (pro/privé), respectez la consigne et restez discret·e.

Est-il approprié d'utiliser l'écriture inclusive (point médian) avec quelqu'un ?

Uniquement si la personne l'utilise ou l'accepte, car ce n'est pas neutre pour tout le monde. Sinon, privilégiez des mots épicènes et des reformulations sans accord marqué. La lisibilité et la préférence individuelle priment.

Comment corriger un collègue qui mégenre quelqu'un, sans l'humilier ?

Corrigez brièvement, sur le moment si c'est simple : « C'est iel », puis revenez au sujet. Si l'erreur se répète, proposez une mise au point en aparté. L'objectif est de soutenir la personne concernée, pas de faire la leçon.

Comment rédiger une note ou un compte rendu si je ne connais pas les pronoms ?

Employez le prénom d'usage, évitez les accords genrés et privilégiez des formulations impersonnelles (« la demande a été validée », « la contribution »). Si le document circule largement, vous pouvez demander la préférence en privé avant publication.

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