Charles Darwin et Alfred Russel Wallace ont formulé indépendamment la sélection naturelle. Darwin développa son raisonnement à partir de 1838 et l'approfondit pendant deux décennies sans publier de livre sur le sujet. Wallace parvint plus tard à une explication comparable et lui envoya un essai en 1858. Une présentation conjointe reconnut alors leurs contributions, mais la publication de De l'origine des espèces en 1859 associa durablement la théorie au nom de Darwin.
Deux naturalistes, deux parcours vers une idée voisine
Darwin et Wallace partageaient une pratique essentielle : ils comparaient les organismes, leur répartition géographique et leurs variations. Leurs conditions de travail différaient pourtant. Darwin disposait du temps, des collections et d'un vaste réseau de correspondants pour accumuler des observations et tester ses arguments. Son expérience de terrain, replacée dans le rôle réel du voyage du Beagle, ne fut qu'une étape d'une réflexion beaucoup plus longue.
Wallace travaillait comme collecteur professionnel. Ses recherches en Amazonie puis dans l'archipel malais nourrirent son intérêt pour la répartition des espèces et leur transformation. En 1855, il publia un texte connu comme l'article de Sarawak, où il défendait l'idée que de nouvelles espèces apparaissent à proximité, dans le temps et dans l'espace, d'espèces apparentées. Il n'y exposait pas encore clairement le mécanisme de sélection naturelle, mais son raisonnement s'en rapprochait.
Leur histoire illustre la manière dont les connaissances se construisent à partir d'observations, de comparaisons et d'échanges. Cette dimension collective se retrouve dans d'autres célébrations scientifiques, comme la Journée internationale des femmes et des filles de science, qui invite aussi à regarder au-delà d'un récit centré sur une seule figure.
Comment Darwin et Wallace ont-ils raisonné indépendamment ?
Les deux naturalistes cherchèrent à expliquer comment des formes nouvelles pouvaient apparaître sans supposer que les espèces étaient immuables. Ils connaissaient notamment les travaux de Thomas Robert Malthus sur la croissance des populations et la limitation des ressources. Cette lecture leur fournit, à des moments différents, une clé de raisonnement : tous les individus ne peuvent pas survivre et se reproduire de la même manière.
Leur convergence peut être résumée en quatre points, sans entrer dans le détail biologique du mécanisme :
- les individus d'une population ne sont pas tous identiques ;
- les ressources disponibles imposent des limites à la survie et à la reproduction ;
- certaines différences peuvent favoriser la persistance de leurs porteurs dans un environnement donné ;
- l'accumulation de ces différences au fil des générations peut contribuer à transformer les populations.
Cette convergence ne signifie ni copie ni collaboration préalable sur la théorie. Darwin possédait des notes anciennes, un essai non publié rédigé en 1844 et une lettre envoyée au botaniste américain Asa Gray en 1857 qui attestent l'antériorité de son travail. Wallace, de son côté, formula son explication sans connaître ces documents privés. Pour distinguer ce principe de ses conséquences biologiques, il est utile de consulter l'explication simple de la sélection naturelle.
Comme la Journée de Pi et des mathématiques le rappelle pour les raisonnements formels, une idée scientifique ne se réduit pas à une intuition : elle doit être formulée, argumentée et rendue vérifiable par d'autres.
Ce qui s'est passé lors de la présentation conjointe de 1858
En juin 1858, Wallace envoya à Darwin un essai exposant son explication et lui demanda de le transmettre au géologue Charles Lyell si celui-ci le jugeait valable. Darwin reconnut immédiatement la proximité avec sa propre théorie. Lyell et le botaniste Joseph Dalton Hooker organisèrent alors une solution destinée à préserver les droits des deux naturalistes.
Le 1er juillet 1858, plusieurs textes furent communiqués à la Linnean Society of London :
- un extrait de l'essai non publié que Darwin avait rédigé en 1844 ;
- un extrait de sa lettre à Asa Gray de 1857 ;
- l'essai envoyé par Wallace depuis l'archipel malais ;
- une lettre d'introduction de Lyell et Hooker présentant l'ensemble comme une contribution commune.
Ni Darwin ni Wallace ne participa personnellement à la séance. Wallace se trouvait encore en Asie du Sud-Est et n'avait pas été consulté avant la présentation. Il accepta toutefois par la suite cet arrangement et conserva des relations respectueuses avec Darwin. Les textes furent ensuite imprimés dans les publications de la société.
Les documents permettent de reconstituer cette séquence avec précision. Leur conservation souligne l'importance des traces écrites, également mise en valeur par la Journée internationale des archives. Elle évite de réduire l'épisode à la légende simpliste d'une idée volée ou d'une découverte entièrement solitaire.
Priorité, publication et diffusion : trois réalités différentes
Dire qui a « découvert » la sélection naturelle exige de distinguer trois notions souvent confondues.
- La priorité de conception concerne le moment où une personne formule une idée. Les carnets et manuscrits montrent que Darwin développa le principe bien avant 1858.
- La formulation indépendante reconnaît qu'une autre personne peut parvenir au même principe par son propre raisonnement. C'est le cas de Wallace.
- La publication scientifique rend une contribution accessible et datable. La communication conjointe de 1858 plaça officiellement les deux noms côte à côte.
- La diffusion désigne la circulation durable d'une théorie. Le livre publié par Darwin en 1859 apporta une argumentation étendue et toucha un public bien plus large.
Darwin a l'antériorité documentée du raisonnement ; Darwin et Wallace partagent la première présentation publique du principe.
Cette distinction aide à comprendre pourquoi l'expression « théorie de Darwin et Wallace » est historiquement défendable, tandis que le nom de Darwin demeure prédominant. Wallace n'écrivit pas l'ouvrage qui installa la théorie au centre des débats scientifiques. Darwin, lui, rassembla pendant des années les faits, objections et exemples nécessaires à une démonstration de grande ampleur.
La Journée internationale de la radiologie offre un autre contexte où découverte, développement technique et diffusion publique ne se confondent pas. De même, la Journée mondiale de la métrologie rappelle que la science repose aussi sur des procédures partagées, des mesures et la transmission des résultats.
Quel rôle attribuer exactement à chacun ?
Darwin fut le premier des deux à élaborer une version documentée de la sélection naturelle. Il consacra ensuite un travail considérable à l'étayer, à répondre aux objections et à l'intégrer dans une explication générale de la transformation des espèces.
Wallace fut un co-découvreur indépendant du mécanisme. Son essai de 1858 provoqua la présentation publique que Darwin avait longtemps différée. Ses recherches ultérieures contribuèrent aussi fortement à la biogéographie, même si ses positions finirent par diverger de celles de Darwin sur certains sujets, notamment l'évolution humaine.
Le récit le plus exact n'efface donc aucun des deux. Il reconnaît à Darwin une antériorité manuscrite et le rôle majeur dans l'argumentation et la diffusion, tout en accordant à Wallace le statut de formulateur indépendant et de coprotagoniste de la publication de 1858. C'est une distinction essentielle pour aborder la Journée Darwin avec une compréhension historiquement plus juste de la découverte scientifique.
L'élaboration d'une théorie : Darwin, Wallace et la sélection naturelle - Vidéo HHMI BioInteractive
Questions fréquentes
Wallace a-t-il découvert la sélection naturelle avant Darwin ?
Non selon les documents conservés. Darwin avait formulé le principe dans ses carnets dès 1838 et l'avait développé dans un essai privé en 1844. Wallace y parvint indépendamment plus tard, puis envoya son exposé à Darwin en 1858.
Pourquoi parle-t-on surtout de la théorie de Darwin ?
Darwin avait travaillé plus longtemps sur le principe et publia en 1859 un livre proposant une argumentation vaste, structurée et accessible. Cet ouvrage donna à la théorie une diffusion que la courte communication conjointe de 1858 n'avait pas obtenue.
Darwin a-t-il utilisé l'idée de Wallace sans le créditer ?
La présentation de 1858 associa explicitement leurs contributions. Des textes antérieurs prouvent que Darwin possédait déjà son propre raisonnement. La procédure fut organisée par Charles Lyell et Joseph Dalton Hooker, tandis que Wallace était éloigné et ne fut pas consulté au préalable.
Wallace était-il d'accord avec la présentation conjointe ?
Wallace ne donna pas son accord avant la séance, car il se trouvait dans l'archipel malais et les communications étaient lentes. Il accepta ensuite l'arrangement et ne présenta pas publiquement l'épisode comme une spoliation de sa découverte.
La communication de 1858 a-t-elle immédiatement convaincu les scientifiques ?
Non. La présentation à la Linnean Society ne provoqua pas immédiatement un large débat. C'est surtout l'ouvrage de Darwin publié l'année suivante, avec son accumulation d'arguments et d'exemples, qui plaça la théorie au premier plan.
Darwin et Wallace défendaient-ils exactement les mêmes idées ?
Ils partageaient le principe central de sélection naturelle, mais leurs conceptions n'étaient pas identiques sur tous les sujets. Leurs interprétations divergèrent notamment à propos de l'être humain et du rôle que la sélection naturelle pouvait jouer dans l'apparition de certaines capacités humaines.