L'histoire du calcul de Pi, de l'Antiquité aux ordinateurs
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Personne n'a découvert Pi à lui seul. Le rapport entre la circonférence d'un cercle et son diamètre était connu approximativement dans plusieurs civilisations anciennes, puis sa valeur a été affinée par des méthodes successives. Archimède a fourni le premier encadrement géométrique rigoureux connu. Les séries infinies ont ensuite transformé le problème en calcul analytique, avant que les ordinateurs n'exécutent des algorithmes capables de produire un très grand nombre de décimales.

De la mesure des cercles aux premières estimations

Les premières valeurs de Pi ne viennent pas d'une définition symbolique, mais de problèmes pratiques liés aux constructions, aux surfaces et aux volumes. Des textes mathématiques babyloniens emploient notamment des approximations équivalentes à 3,125. En Egypte, le papyrus Rhind décrit une règle de calcul de l'aire du disque correspondant à une valeur d'environ 3,1605.

Ces nombres ne sont pas des décimales calculées au sens moderne. Ils résultent de recettes numériques adaptées à des opérations concrètes. Leur précision dépend des mesures disponibles et de la manière dont les longueurs sont représentées. Cette histoire des unités et de l'exactitude rejoint les questions mises en lumière par la Journée mondiale de la métrologie.

Le progrès décisif consiste à remplacer une mesure physique imparfaite par une procédure mathématique dont on peut contrôler l'erreur.

Archimède encadre Pi avec des polygones

Au IIIe siècle avant notre ère, Archimède inscrit et circonscrit des polygones réguliers autour d'un cercle. Le périmètre du polygone intérieur est inférieur à la circonférence, tandis que celui du polygone extérieur lui est supérieur. En doublant progressivement le nombre de côtés jusqu'à 96, il obtient l'encadrement suivant : 223/71 < Pi < 22/7.

Cette méthode change la nature du résultat. Il ne s'agit plus seulement de proposer une valeur vraisemblable, mais de prouver que Pi se trouve entre deux nombres déterminés. Plus les polygones ont de côtés, plus leurs périmètres se rapprochent de la circonférence. L'erreur peut donc être réduite de façon systématique.

D'autres mathématiciens ont perfectionné cette approche. En Chine, Liu Hui utilise au IIIe siècle des polygones comportant toujours plus de côtés et explique comment estimer l'erreur. Au Ve siècle, Zu Chongzhi établit une approximation remarquable, 355/113. En Inde, Aryabhata donne au tournant du VIe siècle une valeur proche de 3,1416. Ces trajectoires montrent que les mathématiques se construisent dans plusieurs traditions, un aspect essentiel de la science comme patrimoine partagé.

Les séries infinies transforment le calcul

Les polygones deviennent laborieux lorsqu'on recherche davantage de décimales. Un changement majeur survient avec les séries infinies : Pi peut être exprimé comme la somme d'une suite illimitée de termes. Dans l'école mathématique du Kerala, en Inde, Madhava met au point entre les XIVe et XVe siècles des séries pour Pi et pour des fonctions trigonométriques, accompagnées de corrections améliorant leur convergence.

En Europe, des formules apparentées sont développées au XVIIe siècle dans le cadre du calcul infinitésimal. La série souvent associée à Gregory et Leibniz s'écrit Pi/4 = 1 - 1/3 + 1/5 - 1/7 +... Elle est simple, mais converge très lentement : il faut additionner énormément de termes pour gagner peu de décimales. Newton exploite pour sa part des développements en séries plus efficaces.

Les principales ruptures méthodologiques peuvent ainsi être résumées :

  1. Mesurer fournit une approximation utile, mais limitée par les instruments.
  2. Encadrer géométriquement donne des bornes démontrées et une erreur contrôlable.
  3. Développer en série convertit Pi en une succession d'opérations arithmétiques.
  4. Accélérer la convergence permet d'obtenir davantage de décimales avec moins de termes.
  5. Programmer un algorithme automatise ces opérations à grande échelle.

La transmission de ces idées dépend aussi de l'enseignement et de la circulation des textes, enjeux rappelés par la Journée internationale de l'éducation et la Journée mondiale des enseignants.

Quand le symbole π et les formules analytiques s'imposent

Le nombre existait bien avant son symbole actuel. Le mathématicien gallois William Jones emploie la lettre grecque π en 1706 pour désigner ce rapport. Leonhard Euler la popularise au XVIIIe siècle, jusqu'à en faire la notation standard. La lettre vient naturellement du vocabulaire grec associé au périmètre.

La notation commune facilite les échanges, mais n'améliore pas directement la précision. Celle-ci progresse grâce à des identités plus rapides. En 1706, John Machin utilise une formule fondée sur la fonction arctangente. Elle réduit le calcul de Pi à des séries convergeant bien plus vite que la série de Gregory-Leibniz. Pendant plusieurs siècles, des variantes de ces formules servent à calculer des centaines puis des milliers de décimales à la main ou avec des machines mécaniques.

La normalisation des symboles constitue une forme d'alphabétisation scientifique. Elle permet à des chercheurs parlant des langues différentes de partager les mêmes expressions, en écho aux enjeux de la Journée internationale de l'alphabétisation.

Des machines mécaniques aux algorithmes informatiques

Les premiers calculs assistés par machine reprennent essentiellement des procédés connus, mais exécutent plus vite les additions et les divisions. Avec les ordinateurs électroniques, l'enjeu change : il faut choisir une formule rapide, organiser les nombres immenses en mémoire et vérifier le résultat par un calcul indépendant.

Les méthodes modernes privilégient des algorithmes dont le nombre de chiffres corrects augmente rapidement. L'algorithme de Gauss-Legendre, fondé sur la moyenne arithmético-géométrique, double approximativement le nombre de décimales correctes à chaque itération. Les formules des frères Chudnovsky produisent de nombreux chiffres par terme et sont particulièrement adaptées aux calculs massifs. La multiplication rapide de grands entiers, notamment grâce à des techniques liées aux transformées de Fourier, réduit encore le temps nécessaire.

Les étapes d'un calcul informatique fiable sont généralement les suivantes :

  • choisir une formule à convergence rapide ;
  • fixer la précision et prévoir des chiffres de garde ;
  • effectuer les opérations sur de très grands entiers ;
  • répartir éventuellement le travail entre plusieurs processeurs ;
  • contrôler les décimales obtenues avec une autre méthode ou une somme de vérification.

Calculer toujours plus de chiffres sert surtout à éprouver les algorithmes, le matériel et la fiabilité des calculs. La plupart des applications scientifiques n'utilisent qu'un nombre limité de décimales. L'évolution de Pi illustre ainsi le passage de l'observation à la preuve, puis de la preuve à l'automatisation, thème central de la participation de toutes et tous aux sciences. La portée générale du nombre et de sa commémoration est présentée avec la Journée de Pi et des mathématiques, tandis que ses propriétés profondes relèvent de l'explication consacrée à l'irrationalité et à la transcendance de Pi.

EN VIDÉO

Raconte-moi une histoire : Archimède et le nombre Pi

16:9

Chaîne : Yvan Monka · Durée : 3:49

Questions fréquentes

Qui a découvert le nombre Pi ?

Aucune personne ne peut être désignée comme l'unique découvreur de Pi. Plusieurs civilisations ont observé et utilisé le rapport entre la circonférence et le diamètre. Archimède est surtout reconnu pour avoir donné le premier encadrement géométrique rigoureux connu de sa valeur.

Quelle valeur de Pi Archimède avait-il trouvée ?

Archimède a démontré que Pi était supérieur à 223/71 et inférieur à 22/7, soit approximativement compris entre 3,1408 et 3,1429. Il ne présentait donc pas une unique valeur décimale, mais un encadrement prouvé.

Pourquoi 22/7 n'est-il pas exactement égal à Pi ?

22/7 est une approximation rationnelle légèrement supérieure à Pi. Elle est pratique pour des calculs simples, mais elle ne peut pas représenter exactement Pi, dont l'écriture décimale ne se termine pas et ne devient pas périodique.

Pourquoi la série de Gregory-Leibniz est-elle peu efficace ?

Ses termes diminuent très lentement. Même après un grand nombre d'additions et de soustractions, seules quelques décimales sont correctes. Elle illustre clairement le principe d'une série infinie, mais les calculs précis utilisent des formules à convergence beaucoup plus rapide.

Quand le symbole π a-t-il été adopté ?

William Jones emploie π en 1706 pour désigner le rapport de la circonférence au diamètre. Leonhard Euler contribue ensuite fortement à diffuser cette notation au XVIIIe siècle, jusqu'à son adoption générale.

Comment vérifie-t-on les décimales calculées par ordinateur ?

Les résultats peuvent être recalculés avec un autre algorithme, comparés par blocs ou contrôlés au moyen de sommes de vérification. Des chiffres supplémentaires, dits chiffres de garde, limitent aussi les erreurs d'arrondi avant la publication des décimales retenues.

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