Les dates de l'abolition de l'esclavage en France
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En France, trois années structurent l'histoire juridique de l'abolition : 1794 pour la première abolition générale, 1802 pour le maintien ou le rétablissement de l'esclavage colonial sous Bonaparte, et 1848 pour l'abolition définitive. Le 27 avril 1848 correspond à l'adoption du décret, mais son application a été proclamée à des dates différentes selon les territoires. Les commémorations actuelles retiennent donc plusieurs repères, qui ne sont pas interchangeables.

1794, 1802 et 1848 : les trois étapes essentielles

4 février 1794 : la première abolition

Le 16 pluviôse an II, soit le 4 février 1794, la Convention nationale abolit l'esclavage dans les colonies françaises. Cette décision intervient dans le contexte de la Révolution française et de l'insurrection de Saint-Domingue, où la liberté générale avait déjà été proclamée localement en 1793.

Cette première abolition ne produit cependant pas partout les mêmes effets. La guerre, la résistance des colons, l'occupation britannique de certains territoires et les difficultés de transmission empêchent une application uniforme. La date de 1794 désigne donc une décision nationale majeure, non une libération simultanée dans toutes les colonies.

1802 : le retour de l'ordre esclavagiste

La loi du 20 mai 1802 maintient l'esclavage dans les colonies où l'abolition de 1794 n'avait pas été appliquée, notamment dans les territoires restitués à la France par le traité d'Amiens. Dans le même temps, le pouvoir consulaire rétablit par la force l'esclavage en Guadeloupe. En Guyane, le retour au travail servile est également organisé.

A Saint-Domingue, la tentative de reprise en main française rencontre une résistance décisive et conduit à l'indépendance d'Haïti en 1804. L'année 1802 marque ainsi une rupture politique et juridique, mais ses modalités diffèrent encore selon les territoires.

27 avril 1848 : l'abolition définitive

Le Gouvernement provisoire de la Deuxième République adopte le décret d'abolition définitive le 27 avril 1848, sous l'impulsion de la commission présidée par Victor Schoelcher. Le texte prévoit la fin de l'esclavage dans les colonies et possessions françaises. Il ouvre aussi l'accès des anciens esclaves à la citoyenneté, tout en accordant une indemnisation aux anciens propriétaires.

Le 27 avril 1848 est la date du décret national, pas la date unique de l'émancipation effective dans chaque territoire.

La portée mémorielle de cette rupture peut être rapprochée de la commémoration des victimes de l'esclavage et de la traite transatlantique, centrée sur les victimes et l'héritage historique de ce système.

Pourquoi l'application de 1848 varie-t-elle selon les territoires ?

Au XIXe siècle, un décret adopté à Paris ne parvient pas instantanément dans les colonies. Il doit être acheminé, reçu puis promulgué par les autorités locales. Les tensions sociales peuvent aussi précipiter la proclamation, avant même l'arrivée officielle du texte.

  • Martinique, 22 mai 1848 : une insurrection conduit le gouverneur à proclamer immédiatement l'abolition, avant l'arrivée du décret du 27 avril. Le 22 mai est devenu le repère commémoratif local.
  • Guadeloupe, 27 mai 1848 : l'abolition y est proclamée un mois après l'adoption du décret national.
  • Guyane, 10 juin 1848 : le décret est promulgué à cette date, avec une mise en oeuvre organisée localement.
  • La Réunion, 20 décembre 1848 : l'abolition entre en application après sa proclamation par le commissaire de la République Joseph Napoléon Sébastien Sarda Garriga.

Ces repères témoignent d'expériences historiques propres. Ils participent à une mémoire liée aux résistances, aux proclamations locales et aux conditions concrètes de la sortie de l'esclavage. Cette dimension rejoint les enjeux de reconnaissance portés par la Journée internationale des personnes d'ascendance africaine.

La carte logique des dates territoriales

Les dates aujourd'hui retenues dans les territoires français ne répondent pas toutes au même critère. Certaines rappellent une proclamation de 1848, tandis que d'autres correspondent à un repère historique spécifique ou à une date officiellement choisie pour la commémoration.

  • 27 avril à Mayotte : commémoration locale de l'abolition, dont l'histoire ne se confond pas avec l'application du décret de 1848 dans les anciennes colonies antillaises.
  • 22 mai en Martinique : mémoire du soulèvement et de la proclamation locale de 1848.
  • 27 mai en Guadeloupe : anniversaire de la proclamation de l'abolition.
  • 28 mai à Saint-Martin : date territoriale de commémoration.
  • 10 juin en Guyane : anniversaire de la promulgation locale du décret.
  • 9 octobre à Saint-Barthélemy : commémoration établie à partir de l'histoire particulière de l'île, devenue française en 1878 après une période de souveraineté suédoise.
  • 20 décembre à La Réunion : anniversaire de l'application de l'abolition en 1848, couramment appelé fête de la liberté.

Cette pluralité n'est pas une contradiction. Elle distingue le droit adopté à l'échelle nationale de l'histoire vécue dans chaque espace. Le travail sur les documents qui permet d'établir ces séquences trouve un écho particulier lors de la Journée internationale des archives.

Comment se sont construites les commémorations nationales ?

La loi du 30 juin 1983 a institué une commémoration de l'abolition de l'esclavage dans les départements d'outre-mer. Les dates territoriales ont ensuite été fixées par voie réglementaire, en tenant compte des histoires locales.

Une autre étape intervient avec la loi du 21 mai 2001, dite loi Taubira, qui reconnaît la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien et l'esclavage comme crimes contre l'humanité. Depuis 2006, le 10 mai est la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions. Le choix renvoie à l'adoption définitive de la loi par le Sénat le 10 mai 2001, non à une proclamation d'abolition du XIXe siècle.

Le 23 mai est consacré à la mémoire des victimes de l'esclavage colonial. Il correspond à la marche organisée à Paris le 23 mai 1998 et possède donc une origine mémorielle distincte. La place accordée aux faits, aux victimes et à leur reconnaissance rejoint la Journée internationale pour le droit à la vérité.

Quelle date employer selon le contexte ?

  1. Pour désigner la première abolition française, utiliser le 4 février 1794.
  2. Pour évoquer son recul sous le Consulat, mentionner la loi du 20 mai 1802 et préciser les différences territoriales.
  3. Pour désigner l'abolition définitive par la République, retenir le 27 avril 1848.
  4. Pour parler de l'émancipation dans un territoire précis, employer sa date locale de proclamation, d'application ou de commémoration.
  5. Pour la commémoration nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions, retenir le 10 mai.
  6. Pour le cadre international associé à l'abolition, se reporter à la Journée internationale pour l'abolition de l'esclavage, sans la confondre avec le calendrier historique français.

Le 23 août constitue encore un autre repère : la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition. Elle rappelle le déclenchement, en 1791, de l'insurrection de Saint-Domingue et ne remplace aucune des dates françaises de 1794 ou de 1848.

EN VIDÉO

Pourquoi y a-t-il plusieurs dates pour commémorer l'esclavage en France ?

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Chaîne : LeHuffPost · Durée : 2:19

Questions fréquentes

Quelle est la date officielle de l'abolition de l'esclavage en France ?

Le 27 avril 1848 est la date du décret d'abolition définitive dans les colonies et possessions françaises. Le 4 février 1794 correspond à une première abolition, remise en cause à partir de 1802. La date exacte de l'application de 1848 dépend ensuite de chaque territoire.

Pourquoi la Martinique commémore-t-elle l'abolition le 22 mai ?

Le 22 mai 1848, une insurrection conduit les autorités de la Martinique à proclamer l'abolition sans attendre l'arrivée du décret adopté à Paris le 27 avril. Cette date souligne donc le rôle de la mobilisation locale dans l'émancipation.

Pourquoi la Guadeloupe retient-elle le 27 mai 1848 ?

Le 27 mai correspond à la proclamation de l'abolition en Guadeloupe. Il ne faut pas le confondre avec le 27 avril, date d'adoption du décret national par le Gouvernement provisoire.

Le 10 mai est-il l'anniversaire du décret de 1848 ?

Non. Le 10 mai est la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions. Cette date renvoie à l'adoption définitive, le 10 mai 2001, de la loi reconnaissant la traite et l'esclavage comme crimes contre l'humanité.

Pourquoi La Réunion célèbre-t-elle l'abolition le 20 décembre ?

Le décret du 27 avril 1848 a été proclamé à La Réunion en octobre, avec une entrée en application fixée au 20 décembre 1848. Cette date, devenue un important repère mémoriel local, marque la libération effective des personnes esclavisées sur l'île.

Les dates territoriales sont-elles des jours fériés partout en France ?

Non. Les commémorations territoriales répondent à des cadres et à des calendriers locaux. Elles ne constituent pas une série de jours fériés applicables uniformément à toute la France. Leur fonction première est de rappeler l'histoire particulière de l'abolition dans chaque territoire.

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