Comment le 8 mai est-il devenu un jour férié ?
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Le 8 mai est férié en France parce qu'une loi adoptée en 1981 l'a inscrit parmi les jours fériés légaux. Ce statut est l'aboutissement d'une évolution commencée en 1946. Pendant trente-cinq ans, les pouvoirs publics ont plusieurs fois modifié la date, le caractère chômé et même l'existence de la commémoration officielle, selon les priorités politiques, économiques et diplomatiques du moment.

En 1946, une commémoration sans jour férié fixe

La première organisation législative de la commémoration intervient avec la loi du 7 mai 1946. Celle-ci ne fait pas encore du 8 mai un jour férié annuel à date fixe. Elle prévoit que la victoire soit commémorée le 8 mai lorsque cette date tombe un dimanche. Dans le cas contraire, la célébration est reportée au dimanche suivant.

Cette solution permet d'instituer une commémoration nationale sans ajouter systématiquement une journée chômée au calendrier. Elle reflète les contraintes de l'immédiat après-guerre, période durant laquelle la reconstruction et la reprise du travail occupent une place centrale dans les décisions publiques.

Il faut donc distinguer deux notions qui ne se confondent pas nécessairement :

  • la reconnaissance officielle d'un événement par l'État ;
  • l'organisation d'une commémoration nationale ;
  • la fixation de cette commémoration au jour exact du 8 mai ;
  • l'inscription de la date parmi les jours fériés légaux ;
  • le caractère effectivement chômé, qui relève de règles distinctes selon les situations professionnelles.

En 1946, le principe commémoratif est établi, mais la date demeure mobile lorsque le 8 mai n'est pas un dimanche.

La loi de 1953 fait du 8 mai un jour férié

La loi du 20 mars 1953 marque une étape décisive : elle fait du 8 mai un jour férié. La commémoration n'est plus renvoyée au dimanche suivant. Elle est attachée à sa date propre, quelle que soit la place du 8 mai dans la semaine.

Cette évolution répond notamment aux demandes d'anciens combattants et d'associations mémorielles, qui souhaitent voir la victoire reconnue par une journée nationale clairement identifiée. Le choix d'une date fixe renforce sa visibilité dans le calendrier républicain.

À partir de 1953, deux dimensions sont donc réunies : la commémoration officielle et le statut de jour férié. Ce régime ne reste toutefois en vigueur que quelques années.

De 1959 à 1968, la date est déplacée puis rétablie sans être fériée

Le déplacement au deuxième dimanche de mai

En 1959, un décret modifie de nouveau le calendrier. La commémoration est transférée au deuxième dimanche de mai, sauf lorsque celui-ci coïncide avec le 8. Le 8 mai cesse alors d'être un jour férié à date fixe.

Ce changement répond à plusieurs considérations. Les pouvoirs publics cherchent à limiter le nombre de journées chômées dans un contexte où les impératifs économiques sont mis en avant. La politique de rapprochement franco-allemand conduit également à privilégier une commémoration moins fortement inscrite dans le calendrier officiel. Le souvenir n'est pas supprimé, mais sa place institutionnelle est atténuée.

Le retour au 8 mai en 1968

En 1968, un nouveau décret rétablit la commémoration à la date du 8 mai. Le choix de la date fixe retrouve ainsi sa portée symbolique. Ce retour ne signifie cependant pas que le jour redevient férié.

La cérémonie est organisée en fin de journée afin de permettre la participation du public sans interrompre la journée de travail. Le régime établi en 1968 repose donc sur un compromis : le 8 mai est de nouveau la date officielle de commémoration, mais il reste un jour ouvré.

Cette distinction explique une confusion fréquente. Une date peut être officiellement commémorée sans appartenir à la liste des jours fériés. Pour replacer cette évolution dans le cadre de la Victoire du 8 mai 1945, il faut ainsi examiner séparément le sens historique de la date et son statut juridique.

De la décision de 1975 à la loi de 1981

En 1975, le président Valéry Giscard d'Estaing décide de ne plus organiser de commémoration nationale officielle le 8 mai. Cette orientation s'inscrit dans une volonté de réconciliation européenne et de dépassement des anciennes oppositions. Il ne s'agit pas de modifier le passé commémoré, mais de changer la manière dont l'État l'inscrit dans son calendrier public.

Cette décision suscite des oppositions, en particulier parmi les associations d'anciens combattants, attachées au maintien d'une reconnaissance nationale explicite. La commémoration continue d'ailleurs d'exister localement ou dans le cadre associatif, même si l'État ne lui accorde plus le même statut officiel.

L'alternance politique de 1981 entraîne un nouveau changement. Sous la présidence de François Mitterrand, la commémoration nationale du 8 mai est rétablie. La loi du 2 octobre 1981 inscrit le 8 mai dans la liste des jours fériés légaux.

Le régime actuel résulte directement de cette loi. Il réunit durablement les trois caractéristiques qui avaient été tour à tour séparées depuis 1946 : une date fixe, une commémoration nationale officielle et un statut de jour férié légal. La succession des textes peut ainsi être résumée chronologiquement :

  1. 1946 : commémoration le 8 mai s'il tombe un dimanche, sinon le dimanche suivant ;
  2. 1953 : instauration du 8 mai comme jour férié à date fixe ;
  3. 1959 : déplacement de la commémoration au deuxième dimanche de mai et fin du jour férié fixe ;
  4. 1968 : retour de la commémoration au 8 mai, sans rétablissement du jour férié ;
  5. 1975 : abandon de la commémoration nationale officielle ;
  6. 1981 : rétablissement de la commémoration et inscription du 8 mai parmi les jours fériés légaux.

Questions fréquentes

Le 8 mai était-il déjà férié juste après la guerre ?

Non. La loi de 1946 organise une commémoration, mais elle ne crée pas un jour férié annuel à date fixe. Si le 8 mai ne tombe pas un dimanche, la célébration est alors reportée au dimanche suivant.

Quelle différence existe-t-il entre une commémoration et un jour férié ?

Une commémoration est une reconnaissance officielle accompagnée d'un hommage public. Un jour férié est une date inscrite comme telle par la loi. Une commémoration peut donc avoir lieu pendant un jour ouvré, comme ce fut le cas après le rétablissement de 1968.

Pourquoi le gouvernement a-t-il déplacé la célébration en 1959 ?

Le déplacement au deuxième dimanche de mai répond notamment à la volonté de limiter les jours chômés et de soutenir l'activité économique. Il correspond aussi à un contexte politique marqué par le développement du rapprochement franco-allemand.

La suppression décidée en 1975 interdisait-elle de commémorer le 8 mai ?

Non. La décision concernait la commémoration nationale officielle organisée par l'État. Des associations, des anciens combattants et des collectivités pouvaient continuer à entretenir le souvenir de la date dans leurs propres cadres.

Quel texte fonde le statut actuel du 8 mai ?

Le statut actuel repose sur la loi du 2 octobre 1981, qui a inscrit le 8 mai dans la liste des jours fériés légaux. Cette loi a accompagné le rétablissement de la commémoration nationale à date fixe.

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