Le jeûne de Yom Kippour consiste à s'abstenir totalement de manger et de boire pendant environ vingt-cinq heures. Il s'accompagne de quatre autres privations. Toutefois, une personne dont la santé serait menacée ne doit pas jeûner au prix d'un danger : elle peut devoir boire, manger ou prendre un traitement. La conduite appropriée se prépare avec un professionnel de santé et, pour son application religieuse, une autorité rabbinique compétente.
Quelles sont les cinq privations de Yom Kippour ?
Les règles ne se limitent pas au jeûne alimentaire. Dans la pratique juive traditionnelle, cinq privations corporelles caractérisent la journée de Yom Kippour :
- Ne pas manger ni boire, même en petite quantité dans les conditions ordinaires.
- Ne pas se laver pour le confort, qu'il s'agisse d'un bain, d'une douche ou d'une toilette destinée au plaisir.
- Ne pas s'enduire le corps de crème, d'huile, de parfum ou de lotion pour l'agrément.
- Ne pas porter de chaussures en cuir. Des chaussures en tissu, toile, caoutchouc ou matière synthétique sont habituellement choisies.
- S'abstenir de relations conjugales pendant toute la durée de l'observance.
Ces privations commencent avant le coucher du soleil et prennent fin après la tombée de la nuit. Les horaires précis dépendent du lieu. Cette abstinence totale d'aliments et de boissons se distingue notamment des pratiques quotidiennes du Ramadan, où le repas redevient possible chaque soir.
Hygiène et soins nécessaires
L'interdiction de se laver ne signifie pas qu'il faille renoncer à l'hygiène indispensable. Il est permis de nettoyer une zone sale, de se laver les mains après les toilettes et d'effectuer les gestes nécessaires à la santé. Le lavage doit alors rester limité au besoin réel. Les soignants peuvent accomplir les mesures d'hygiène exigées par leur activité.
Les crèmes, pommades et lotions prescrites pour traiter une affection ne relèvent pas nécessairement d'un usage de confort. Leur emploi dépend de la nécessité médicale, de la nature du produit et de son mode d'application. Il convient de faire préciser la conduite à tenir avant le jeûne, sans interrompre de soi-même un soin.
Qui est tenu de jeûner et qui peut être exempté ?
Les adultes religieusement responsables sont normalement tenus au jeûne. Dans la tradition juive, cette obligation commence à la majorité religieuse, soit traditionnellement 13 ans pour les garçons et 12 ans pour les filles. Les enfants plus jeunes ne font pas un jeûne complet. Une initiation progressive peut exister selon leur âge, leur santé et les usages familiaux, mais elle ne doit jamais les mettre en difficulté.
La préservation de la vie et de la santé prime sur l'accomplissement du jeûne.
Une exemption ou une adaptation peut concerner notamment :
- une personne atteinte d'une maladie aiguë ou chronique susceptible d'être aggravée par le jeûne ;
- une personne âgée, très affaiblie ou exposée à la déshydratation ;
- une personne enceinte ou allaitante lorsqu'un risque médical existe pour elle ou pour l'enfant ;
- une personne en convalescence, récemment opérée ou souffrant d'un trouble alimentaire ;
- une personne dont le traitement doit être pris avec de l'eau ou de la nourriture ;
- un enfant n'ayant pas atteint l'âge de l'obligation religieuse.
La grossesse et l'allaitement ne constituent pas automatiquement une exemption dans toutes les situations. L'état de santé, les antécédents et les recommandations médicales sont déterminants. Comme pour les adaptations alimentaires parfois nécessaires à Pessa'h, la règle religieuse s'applique en tenant compte d'une nécessité de santé réelle.
Médicaments, eau et alimentation adaptée
Un traitement prescrit ne doit pas être arrêté, décalé ou modifié sans avis médical. Avant Yom Kippour, il faut vérifier si les horaires peuvent être ajustés sans risque, si le médicament exige de la nourriture, et si sa prise sans eau est possible et sûre. Le fait qu'un comprimé ne soit pas un aliment ne suffit pas à résoudre toutes les questions pratiques ou religieuses.
Lorsqu'il est médicalement nécessaire de boire ou de manger, il faut le faire. Dans certains cas, une autorité rabbinique peut envisager des quantités fractionnées à intervalles déterminés. Cette solution, parfois appelée consommation par mesures, n'est ni une règle générale ni une méthode à improviser. Si les quantités nécessaires sont plus importantes, la personne doit suivre le besoin médical plutôt que les réduire dangereusement.
Une personne dispensée du jeûne peut néanmoins observer la journée par la prière, le repos et les autres privations compatibles avec son état. Manger pour protéger sa santé n'annule pas le sens de l'observance. Cette priorité donnée à la sécurité aide aussi à distinguer le jeûne obligatoire de pratiques variables associées à d'autres dates, comme Achoura.
Comment préparer le jeûne sans fragiliser l'organisme ?
La préparation vise à arriver au début du jeûne correctement hydraté et nourri, sans excès. Elle ne garantit pas l'absence de symptômes et ne remplace jamais un avis médical.
- S'hydrater régulièrement au cours de la journée précédente plutôt que boire une quantité excessive au dernier moment.
- Limiter l'alcool et les aliments très salés, qui peuvent accentuer l'inconfort ou la soif.
- Réduire progressivement la caféine si elle est consommée habituellement, afin de limiter les maux de tête liés à un arrêt brutal.
- Prendre un repas équilibré comprenant des féculents, des protéines et des aliments simples à digérer, sans se suralimenter.
- Prévoir une activité calme, éviter l'effort physique intense et rester autant que possible dans un environnement tempéré.
- Anticiper les traitements avec le médecin et les questions religieuses avec un rabbin avant le début de la journée.
Le repas pris avant le jeûne a une fonction pratique différente des repas festifs de Hanoucca. À la sortie, il est préférable de boire et de manger progressivement. Une petite collation simple peut précéder un repas normal. La rupture collective du jeûne peut rappeler, par sa dimension familiale, celle de l'Aïd el-Fitr, mais les prescriptions propres à chaque tradition restent distinctes.
Quand faut-il interrompre le jeûne ?
Des signes inhabituels ou sévères imposent de rechercher une aide médicale et peuvent nécessiter l'arrêt immédiat du jeûne : malaise, confusion, perte de connaissance, douleur thoracique, difficulté à respirer, vomissements répétés, faiblesse extrême ou signes préoccupants de déshydratation. Une personne diabétique ou atteinte d'une maladie chronique doit suivre le plan établi avec son équipe soignante.
Il ne faut pas attendre une urgence certaine pour agir lorsque le risque a été identifié. Si un médecin indique qu'il faut boire, manger ou prendre un médicament, cette nécessité prime. En cas d'urgence, appeler les secours, administrer les soins utiles et interrompre le jeûne ne constitue pas une faute religieuse.
Yom Kippour : rappel des interdits et recommandations avant le jeûne
Questions fréquentes
Peut-on boire de l'eau pendant le jeûne de Yom Kippour ?
En situation ordinaire, le jeûne interdit toute boisson, y compris l'eau. Si boire est médicalement nécessaire, la personne doit le faire selon les indications reçues. Il ne faut pas attendre un malaise grave lorsqu'un risque de déshydratation ou de complication est connu.
Peut-on se brosser les dents à Yom Kippour ?
La pratique traditionnelle évite généralement le brossage, notamment en raison du risque d'avaler de l'eau. Certaines autorités admettent des modalités limitées en cas de gêne importante. La réponse peut varier selon les usages religieux ; une question préalable à une autorité rabbinique permet d'éviter l'improvisation.
Une personne enceinte doit-elle obligatoirement jeûner ?
La grossesse ne dispense pas automatiquement du jeûne, mais toute situation présentant un risque pour la mère ou l'enfant justifie une adaptation ou une exemption. La décision doit tenir compte de l'avis du professionnel de santé qui connaît la grossesse, puis être traduite en conduite religieuse avec un rabbin compétent.
Est-il permis de prendre un médicament sans eau ?
Cela dépend du traitement, de l'état de santé et de la pratique religieuse suivie. Certains médicaments ne doivent pas être pris à jeun ou sans eau. Il ne faut jamais modifier une prescription de sa propre initiative : le médecin précise les impératifs thérapeutiques et l'autorité rabbinique examine leur mise en oeuvre pendant le jeûne.
Les enfants doivent-ils jeûner toute la journée ?
Les enfants qui n'ont pas atteint la majorité religieuse ne sont pas tenus au jeûne complet. Une familiarisation progressive peut être proposée aux enfants assez grands et en bonne santé, selon les usages familiaux. Elle doit rester raisonnable et cesser au moindre signe de faiblesse.
Manger pour raison médicale invalide-t-il toute l'observance ?
Non. Une personne qui mange ou boit parce que sa santé l'exige accomplit une obligation de protection de la vie. Elle peut participer aux prières et respecter les autres privations compatibles avec son état. L'alimentation nécessaire doit être prise sans culpabilité et dans les quantités médicalement appropriées.