Achoura dans les hadiths, le Coran et le récit de Moïse
Illustration originale autour de Achoura dans les hadiths, le Coran et le récit de Moïse.

Le Coran ne mentionne ni le mot Achoura ni un jeûne fixé au 10 mouharram. Il raconte en revanche comment Dieu sauve Moïse et les enfants d'Israël de Pharaon. Le lien entre ce salut et le jeûne d'Achoura vient de plusieurs hadiths attribués au prophète Muhammad. D'autres récits indiquent que ce jeûne était déjà connu avant l'islam et qu'il est devenu facultatif après l'institution du jeûne de Ramadan.

Ce que le Coran dit réellement de Moïse

Moïse, appelé Moussa en arabe, est l'un des prophètes les plus fréquemment mentionnés dans le Coran. Plusieurs passages racontent sa confrontation avec Pharaon, la sortie des enfants d'Israël, l'ouverture de la mer et la noyade des poursuivants. Parmi les passages les plus explicites figurent les sourates 2, verset 50 ; 7, versets 136 à 138 ; 10, versets 90 à 92 ; 20, versets 77 à 79 ; et 26, versets 60 à 68.

Ces passages établissent quatre éléments essentiels :

  • Dieu ordonne à Moïse de conduire les enfants d'Israël hors d'Egypte ;
  • Pharaon et ses forces les poursuivent ;
  • la mer s'ouvre pour permettre le passage de Moïse et de son peuple ;
  • Pharaon et ses soldats sont submergés.

Le texte coranique ne donne cependant pas de date calendaire à cet épisode. Il ne dit pas qu'il s'est produit le dixième jour de mouharram et n'ordonne pas de jeûner pour le commémorer. Associer directement un verset coranique à la date d'Achoura serait donc inexact : le Coran fournit le récit du salut, tandis que les hadiths établissent le rapprochement avec le jeûne.

Les hadiths qui relient Achoura au salut de Moïse

Des traditions conservées notamment dans les recueils de Sahih al-Bukhari et Sahih Muslim rapportent qu'à son arrivée à Médine, le prophète Muhammad vit des juifs jeûner le jour d'Achoura. Interrogés, ils auraient expliqué qu'il s'agissait d'un jour important au cours duquel Dieu avait sauvé Moïse et les enfants d'Israël de Pharaon. Moïse aurait jeûné en reconnaissance. Muhammad aurait alors affirmé que les musulmans étaient plus proches de Moïse, puis recommandé ou pratiqué ce jeûne.

Le récit coranique fonde l'épisode de Moïse ; les hadiths fondent son association avec le jeûne d'Achoura.

Les versions transmises n'emploient pas toutes exactement les mêmes mots. Certaines mettent l'accent sur le salut de Moïse, d'autres sur la noyade de Pharaon ou sur la gratitude envers Dieu. Leur noyau commun reste le même : le jeûne est relié à un acte de reconnaissance pour une délivrance divine.

Ce rapprochement ne signifie pas qu'Achoura et Pessa'h sont une seule et même célébration. Pessa'h commémore la sortie d'Egypte dans le judaïsme, mais ses dates, ses prescriptions et son calendrier lui sont propres. De même, identifier automatiquement le jeûne observé à Médine à Yom Kippour relève d'une hypothèse historique discutée, non d'une précision donnée par le Coran ou par le texte principal de ces hadiths.

Pourquoi d'autres hadiths parlent-ils des Quraysh ?

Un hadith transmis d'après Aïcha, également présent chez al-Bukhari et Muslim, rapporte que les Quraysh jeûnaient Achoura avant l'islam et que Muhammad le jeûnait aussi. Après son installation à Médine, il aurait demandé de le jeûner. Lorsque le jeûne de Ramadan fut rendu obligatoire, celui d'Achoura cessa d'être imposé : chacun pouvait alors le pratiquer ou s'en abstenir.

Ce récit n'annule pas celui relatif à Moïse. Il atteste une autre dimension de l'histoire de la pratique : Achoura était connue dans le milieu mecquois, tandis que les récits médinois donnent au jeûne une justification liée à Moïse. Les textes ne fournissent pas une chronologie détaillée permettant de reconstituer avec certitude l'origine la plus ancienne de toutes les pratiques associées à ce jour.

La distinction avec Ramadan est décisive. Le Coran prescrit le jeûne du mois de Ramadan, alors que le statut facultatif d'Achoura ressort des hadiths. Les modalités et les jours associés sont expliqués dans le dossier consacré au jeûne d'Achoura et aux jours recommandés.

Quels fondements textuels peut-on affirmer ?

Pour vérifier une affirmation sur Achoura, il est utile de séparer quatre niveaux documentaires :

  1. Le texte coranique : il raconte le salut de Moïse et la noyade de Pharaon, sans nommer Achoura ni dater l'événement.
  2. Les hadiths : ils relient le jeûne d'Achoura au salut de Moïse, attestent sa pratique et précisent son caractère non obligatoire après l'institution de Ramadan.
  3. Les commentaires savants : ils rapprochent les versions, étudient leur chronologie et expliquent leur portée juridique ou historique.
  4. Les formulations populaires : elles simplifient parfois le dossier en disant que « le Coran ordonne le jeûne d'Achoura » ou que « Moïse a été sauvé le 10 mouharram selon le Coran ». Ces deux formulations dépassent ce que dit le texte coranique.

Cette hiérarchie des textes vaut également pour d'autres repères religieux. Le début de l'année lors du Nouvel An musulman dépend du calendrier hégirien, mais cette organisation calendaire ne transforme pas chaque pratique de mouharram en prescription coranique. A l'inverse, la Nuit du Destin est explicitement nommée dans le Coran, ce qui illustre une base documentaire différente.

Les raccourcis à éviter

  • « Achoura est dans le Coran » : non, le nom et la date d'Achoura n'y figurent pas.
  • « Le Coran impose de jeûner pour Moïse » : non, cette association vient des hadiths et le jeûne n'est pas une obligation comparable à Ramadan.
  • « Tous les détails du récit biblique sont repris » : non, le Coran expose sa propre narration et sélectionne les éléments utiles à son enseignement.
  • « Le jeûne juif mentionné est certainement Yom Kippour » : les textes cités ne permettent pas d'établir cette identification comme un fait incontestable.
  • « Le récit de Moïse explique tout le sens d'Achoura » : il explique un fondement du jeûne dans la tradition sunnite, mais pas l'ensemble des significations historiques acquises par cette journée.

La formulation la plus rigoureuse consiste donc à dire que les hadiths associent le jeûne d'Achoura au salut de Moïse raconté par le Coran. Elle respecte à la fois le contenu du récit coranique, la fonction explicative de la tradition prophétique et les limites de ce que chaque source affirme.

EN VIDÉO

[Coran] Pourquoi jeûner Achoura ? - Histoire de la délivrance du peuple de Moussa (Moïse)

16:9

Chaîne : Méditons sur le noble Coran · Durée : 2:38

Questions fréquentes

Le mot Achoura apparaît-il dans le Coran ?

Non. Le Coran ne nomme pas Achoura et ne mentionne pas un jeûne du 10 mouharram. Il raconte toutefois à plusieurs reprises le salut de Moïse et des enfants d'Israël ainsi que la noyade de Pharaon.

Quel texte relie précisément Achoura à Moïse ?

Ce lien se trouve dans des hadiths rapportés notamment par al-Bukhari et Muslim. Ils indiquent que des juifs de Médine jeûnaient en souvenir du jour où Dieu avait sauvé Moïse, et que le prophète Muhammad a rattaché le jeûne d'Achoura à cette délivrance.

Le jeûne d'Achoura est-il obligatoire selon les hadiths ?

Les récits attribués à Aïcha indiquent qu'après l'institution du jeûne obligatoire de Ramadan, le jeûne d'Achoura a été laissé au choix des croyants. Il est donc considéré comme recommandé et non obligatoire dans la tradition sunnite.

Pourquoi les hadiths mentionnent-ils à la fois les Quraysh et les juifs de Médine ?

Un ensemble de récits atteste une pratique d'Achoura chez les Quraysh avant l'islam. Un autre rapporte l'explication donnée à Médine autour du salut de Moïse. Ces traditions décrivent des contextes différents sans fournir une histoire exhaustive de l'origine du jeûne.

Achoura correspond-elle à Pessa'h ou à Yom Kippour ?

Aucune identification simple ne peut être affirmée à partir des textes principaux. Le récit de Moïse présente une parenté thématique avec Pessa'h, tandis que certains commentaires ont proposé un rapprochement avec Yom Kippour. Les calendriers et les prescriptions restent cependant distincts.

Peut-on dire que Moïse a été sauvé le 10 mouharram ?

On peut dire que des hadiths associent le jour d'Achoura au salut de Moïse. On ne peut pas attribuer cette date au Coran, car celui-ci raconte l'événement sans lui assigner de jour dans le calendrier de mouharram.

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