Le Plan d’action de Buenos Aires, adopté en 1978, est un jalon fondateur pour comprendre la coopération Sud-Sud telle qu’elle est reconnue dans le cadre des Nations Unies. Né d’un contexte diplomatique marqué par la décolonisation, l’affirmation du « Sud » et la recherche d’un développement moins dépendant, il formalise la coopération technique entre pays en développement. Il éclaire aussi la portée symbolique du 12 septembre.
Un contexte diplomatique propice à une coordination du « Sud »
La conférence de Buenos Aires s’inscrit dans une période où de nombreux États récemment indépendants cherchent à consolider leurs capacités administratives, scientifiques et productives. Dans les enceintes multilatérales, l’idée progresse que le développement ne peut pas reposer uniquement sur l’aide traditionnelle Nord-Sud, jugée insuffisante ou trop conditionnée, et qu’il existe un potentiel d’échanges horizontaux entre pays faisant face à des défis comparables.
Au fil des discussions onusiennes sur le développement, une double dynamique se dessine : d’une part, l’exigence d’un environnement économique international plus équitable ; d’autre part, la volonté de mieux mobiliser les compétences déjà présentes dans les pays en développement. Cette seconde dynamique prépare le terrain à une conférence spécifiquement consacrée à la coopération technique entre pays en développement, conçue comme un complément aux autres formes de coopération, et non comme un substitut universel.
La « coopération technique entre pays en développement » : de quoi parle-t-on ?
La notion mise au premier plan à Buenos Aires vise des échanges concrets de savoir-faire et de solutions opérationnelles entre administrations, institutions publiques, centres de recherche, organismes de formation ou acteurs productifs des pays en développement. L’accent est mis sur des compétences transférables, adaptées à des contextes institutionnels ou budgétaires proches, et sur l’apprentissage mutuel.
Cette coopération technique se distingue par sa logique : elle part d’une demande formulée par un pays, s’appuie sur l’expérience d’un autre, et privilégie des modalités souples (missions d’experts, formations, mise à disposition d’outils, échanges de pratiques). L’enjeu n’est pas seulement de « recevoir » une assistance, mais de co-produire des capacités et d’accroître l’autonomie collective, notamment par la diffusion de solutions éprouvées dans des environnements comparables.
Ce que le Plan d’action de Buenos Aires a cherché à organiser
Le Plan d’action a une portée structurante : il propose un cadre de référence pour transformer une idée politique (la coopération entre pays en développement) en mécanismes praticables. Il met l’accent sur la planification, la coordination et l’identification des domaines où les échanges techniques peuvent produire des effets durables. Il encourage aussi une meilleure articulation avec les dispositifs multilatéraux existants, sans enfermer la coopération Sud-Sud dans une seule institution.
Sans entrer dans des exemples sectoriels, on peut retenir des principes et chantiers typiquement associés à cette logique de mise en œuvre :
- Recenser l’offre et la demande de compétences techniques entre pays (qui peut aider, sur quoi, et à quelles conditions).
- Renforcer les points focaux nationaux capables de coordonner les demandes, les partenariats et le suivi.
- Faciliter la circulation d’experts (missions, échanges, jumelages institutionnels) en réduisant les obstacles administratifs.
- Développer la formation et le transfert de méthodes plutôt que la simple livraison d’équipements.
- Documenter et partager les enseignements afin de répliquer ce qui fonctionne et d’éviter les duplications.
- Mettre en place des dispositifs de financement adaptés à des projets souvent modestes mais à fort effet de capacité.
- Assurer l’évaluation et la redevabilité avec des critères alignés sur les besoins des pays participants.
Pourquoi le 12 septembre est devenu la date symbolique
Le 12 septembre est associé à la conférence de 1978 et à l’adoption du Plan d’action, devenue un repère historique dans la reconnaissance internationale de la coopération technique entre pays en développement. La valeur symbolique de cette date tient au fait qu’elle renvoie à un moment de formalisation : une approche déjà pratiquée de manière dispersée se voit dotée d’un langage commun, d’objectifs et de repères partagés au sein du système des Nations Unies.
En ce sens, le 12 septembre ne commémore pas une « invention » soudaine de la coopération entre pays du Sud, mais l’instant où une orientation diplomatique s’est cristallisée en cadre de référence, facilitant la continuité des initiatives, leur visibilité et leur coordination. Pour situer cette observance dans son ensemble, voir la Journée des Nations Unies pour la coopération Sud-Sud.
Une portée durable : un cadre, pas un modèle unique
La contribution de Buenos Aires est d’avoir clarifié une grammaire de coopération centrée sur les capacités, la demande exprimée et l’apprentissage entre pairs. Cette approche a servi de base à des développements ultérieurs, en laissant une large place à la diversité des arrangements : coopération bilatérale entre pays en développement, réseaux régionaux, mécanismes intergouvernementaux ou plateformes de partage de connaissances.
Sa portée reste également diplomatique : elle légitime l’idée que l’expertise n’est pas à sens unique et que la valeur d’une expérience se mesure à sa pertinence contextuelle. Le Plan d’action a ainsi contribué à installer la coopération Sud-Sud comme un champ reconnu de politiques publiques et de relations internationales, avec ses principes et ses outils, tout en restant compatible avec d’autres formes de coopération, selon les priorités et les capacités de chaque pays.
Questions fréquentes
Que signifie l'expression « coopération technique » dans ce cadre ?
Elle renvoie à des échanges de compétences, méthodes, formations et appuis institutionnels entre pays en développement. L'objectif est de renforcer des capacités (administration, services, systèmes) via l'apprentissage entre pairs, plutôt que de se limiter à des transferts financiers.
Le Plan de Buenos Aires crée-t-il des obligations juridiques pour les États ?
Il sert surtout de cadre de référence politique et opérationnel. Il oriente la manière d'organiser des initiatives, de coordonner les acteurs et de partager les connaissances, mais ne fonctionne pas comme un traité imposant des obligations uniformes et contraignantes.
Pourquoi Buenos Aires a-t-elle été choisie pour cette conférence ?
Le choix d'un pays du Sud pour accueillir la conférence reflète la volonté de placer ces États au centre de la démarche. Il s'agit d'un signal diplomatique : la coopération technique entre pays en développement se construit d'abord par leurs priorités et leur leadership.
En quoi ce plan a-t-il changé la visibilité internationale de cette coopération ?
Il a donné un langage commun et un cadre de mise en œuvre à des pratiques déjà existantes. En les formalisant, il a facilité leur reconnaissance dans les instances multilatérales, leur coordination et la capitalisation des résultats au-delà d'initiatives isolées.
Qu'apporte l'idée d'« apprentissage entre pairs » par rapport à l'assistance classique ?
Elle valorise des solutions éprouvées dans des contextes comparables et favorise la co-construction. La relation est moins verticale : chacun peut être tour à tour demandeur et contributeur, ce qui soutient l'appropriation et la durabilité des capacités.