Pour marquer la Journée internationale des migrants, privilégiez une activité adaptée au lieu, au public et au temps disponible : atelier sur les représentations à l'école, parcours culturel en médiathèque, cartographie des ressources en association ou étude de situations professionnelles en entreprise. Chaque format doit informer sans assigner, permettre de ne pas témoigner et être évalué par la qualité des échanges plutôt que par le nombre de participants.
Une préparation commune à tous les formats
Une activité respectueuse commence par un objectif limité et explicite : interroger des idées reçues, rendre visibles des ressources, découvrir des oeuvres ou améliorer des pratiques d'accueil. Il vaut mieux traiter une question avec précision que vouloir résumer toutes les migrations en une séance.
- Définir le public : âge, connaissances préalables, langues utilisées et éventuels besoins d'accessibilité.
- Vérifier les supports : auteur, contexte, vocabulaire, droit de diffusion et absence d'images humiliantes.
- Poser une règle de participation : personne ne doit raconter son histoire, révéler son statut administratif ou parler au nom d'un groupe.
- Prévoir une solution de retrait : observation silencieuse, activité écrite ou possibilité de quitter temporairement l'échange.
- Choisir une trace utile : bibliographie, affiche collective, liste de ressources ou engagement réalisable.
Une personne peut contribuer à une activité sur les migrations sans devenir un témoignage vivant ni représenter une communauté.
Ce cadre rejoint les principes mobilisés lors de la Journée des droits de l'homme : partir de situations et de droits communs, sans hiérarchiser les expériences individuelles.
A l'école : l'atelier des mots, images et représentations
Objectif : apprendre à distinguer un fait, une opinion, une généralisation et un stéréotype. Ce format convient à une classe ou à un petit groupe, avec des supports adaptés à l'âge.
Matériel : quatre à huit phrases fictives ou extraits de supports pédagogiques, feuilles, feutres et quatre affiches portant les mentions « fait vérifiable », « opinion », « généralisation » et « question à documenter ».
Déroulé en quatre étapes
- Présenter les catégories sans demander aux élèves de parler de leur famille.
- Répartir les phrases entre petits groupes et demander un classement argumenté.
- Comparer les choix, puis reformuler collectivement les phrases trop générales.
- Créer une courte charte : vérifier, préciser, contextualiser et ne pas attribuer un comportement à toute une population.
Précaution : ne jamais proposer de jeu de rôle simulant une fuite, un contrôle ou une demande de protection. Ces mises en scène risquent de banaliser des situations complexes. Pour prolonger le travail, les mécanismes de préjugé peuvent être rapprochés de la Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale.
Evaluation qualitative : distribuer deux cartons anonymes : « une formulation que je sais maintenant nuancer » et « une question que je souhaite vérifier ». La précision des reformulations indique mieux l'apprentissage qu'un questionnaire de satisfaction.
En médiathèque : un parcours culturel commenté
Objectif : faire découvrir une pluralité de récits, de genres et de points de vue sans présenter la migration uniquement sous l'angle de l'épreuve. Le parcours peut réunir romans, bandes dessinées, essais, albums, films et créations sonores.
Matériel : une sélection courte, des cartels, un plan de circulation, des fiches pour recueillir les impressions et, si nécessaire, un dispositif d'écoute. Chaque cartel peut indiquer le type d'oeuvre, son sujet et une question ouverte, sans résumer l'identité de l'auteur à son parcours.
Déroulé : proposer cinq stations telles que partir, arriver, travailler, transmettre et créer. Les visiteurs choisissent librement leur chemin, notent une oeuvre à découvrir et déposent une recommandation. Une discussion finale peut porter sur la diversité des narrateurs et sur ce que les oeuvres rendent visible.
Précaution : équilibrer les récits difficiles avec des oeuvres consacrées aux liens, aux activités ordinaires, à l'humour et à la création. Un rapprochement avec la Journée internationale de la tolérance peut ouvrir un échange sur l'écoute, à condition de ne pas réduire l'égalité à une simple bienveillance.
Evaluation qualitative : relever les thèmes cités dans les recommandations, la variété des oeuvres consultées et les demandes de prolongement. Ne pas collecter d'informations personnelles sur l'origine des visiteurs.
En association : cartographier les ressources accessibles
Objectif : produire un outil pratique sur les services du territoire : apprentissage linguistique, accès aux soins, accompagnement administratif, culture, emploi, alimentation, mobilité ou activités familiales.
Matériel : plan imprimé ou support numérique, fiches de vérification, téléphones pour confirmer les informations et légende accessible. Le groupe doit contrôler les horaires, conditions d'accueil, langues disponibles et modalités de contact avant publication.
Déroulé : recenser les besoins sans demander de récits personnels, répartir les vérifications, classer les ressources, puis faire relire la carte par des personnes qui pourront réellement l'utiliser. Prévoir une date de mise à jour, car les coordonnées et permanences peuvent changer.
Précaution : ne pas publier l'adresse d'un lieu confidentiel ni orienter une personne vers un service non vérifié. La participation doit rester volontaire. Pour décider collectivement des catégories et priorités, les méthodes de débat associées à la Journée internationale de la démocratie offrent un prolongement pertinent.
Evaluation qualitative : demander à quelques utilisateurs de trouver une ressource précise. Observer la clarté de la légende, les obstacles rencontrés et les informations manquantes, puis corriger l'outil.
En entreprise : analyser l'accueil et les situations de travail
Objectif : repérer les obstacles concrets liés à l'information, à l'intégration dans une équipe et à l'égalité de traitement, sans solliciter les salariés supposés migrants comme experts obligatoires.
Matériel : trois situations fictives, fiches d'analyse et documents internes utiles. Exemples : une consigne essentielle uniquement transmise oralement, une réunion riche en sigles non expliqués ou une procédure d'accueil difficile à comprendre.
Déroulé : les groupes identifient l'obstacle, ses effets possibles, la personne responsable de l'amélioration et une mesure testable. Ils peuvent proposer un glossaire, un binôme d'accueil, une version plus lisible d'un document ou plusieurs canaux pour transmettre une consigne. L'accès universel à l'information constitue ici un repère utile pour penser des communications compréhensibles par tous.
Précaution : écarter les questions sur la nationalité, le statut ou le parcours privé. L'atelier ne remplace ni un dispositif de signalement ni le traitement formel d'une discrimination. Il doit aboutir à des responsabilités identifiées, pas à une injonction faite aux personnes concernées de mieux s'adapter.
Evaluation qualitative : vérifier quelques semaines plus tard si la mesure choisie est comprise, utilisée et améliorable. Recueillir des retours anonymes centrés sur la procédure, puis décider de la maintenir, de la modifier ou de l'abandonner.
Les critères d'une activité réellement utile
Quel que soit le lieu, une action réussie produit un apprentissage, une ressource ou une amélioration observable. Elle évite les récits forcés, les simulations traumatisantes, les images misérabilistes et les débats qui mettent en question la dignité d'un groupe. Elle laisse aussi une place au désaccord argumenté sans tolérer les propos déshumanisants.
- Les participants savent pourquoi l'activité est organisée.
- Les personnes directement concernées gardent le contrôle de leur parole.
- Les supports montrent des expériences et des rôles sociaux variés.
- Une personne ou une équipe est chargée du suivi.
- L'évaluation porte sur ce qui a été compris ou amélioré, non sur l'émotion produite.
Conférence | Journalisme, Migrations et Droits humains
Questions fréquentes
Peut-on organiser une activité sans inviter de personne migrante à témoigner ?
Oui. Une sélection culturelle, une analyse de supports, une cartographie de ressources ou un atelier sur les pratiques d'accueil ne nécessitent aucun témoignage personnel. Si une personne intervient, elle doit connaître le cadre, choisir ce qu'elle souhaite partager et pouvoir refuser toute question.
Quelle activité choisir avec très peu de temps ?
Un format de 20 à 30 minutes peut reposer sur trois phrases à classer entre fait, opinion et généralisation, suivies d'une reformulation collective. Il faut annoncer l'objectif, poser les règles de parole et conserver quelques minutes pour recueillir anonymement un apprentissage et une question.
Comment adapter une activité à des enfants ?
Utilisez des consignes simples, des oeuvres adaptées à leur âge et des situations fictives non violentes. Travaillez sur l'accueil, les mots, les langues ou les représentations plutôt que sur des démarches administratives complexes. Ne demandez jamais aux enfants de raconter l'histoire migratoire de leur famille.
Faut-il mesurer le nombre de participants ?
Le nombre de participants renseigne sur la fréquentation, mais pas sur la qualité. Ajoutez des indicateurs comme la précision des reformulations, l'utilité d'une ressource produite, la diversité des oeuvres consultées ou l'amélioration effective d'une procédure.
Comment réagir à un propos stéréotypé pendant l'activité ?
Interrompez la généralisation sans humilier son auteur, demandez sur quels faits elle repose et reformulez la question de manière vérifiable. Rappelez la règle commune : on peut discuter d'une politique, d'une situation ou d'une information, mais pas attribuer un trait à tout un groupe.
Quels supports faut-il éviter ?
Evitez les images humiliantes, les récits sortis de leur contexte, les chiffres sans origine identifiable, les simulations de situations traumatisantes et les documents qui confondent expérience individuelle et réalité générale. Vérifiez aussi les droits de diffusion et l'accessibilité des contenus.