Abolition de l'esclavage en Guadeloupe et Saint-Martin

L'abolition de l'esclavage est commémorée le 27 mai en Guadeloupe et le 28 mai à Saint-Martin. Ces dates rappellent la proclamation locale de la liberté générale en 1848, après une première abolition en 1794, le rétablissement de l'esclavage en 1802 et des décennies de résistances. Ce sont des jours de mémoire, d'hommage aux victimes et de transmission de l'histoire des sociétés antillaises.

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Deux dates territoriales

La commémoration a lieu le 27 mai en Guadeloupe et le 28 mai à Saint-Martin. Ces journées fériées locales renvoient aux proclamations de la liberté générale en 1848, et non à deux adoptions différentes du décret national.

Un décret commun

Le gouvernement provisoire de la Deuxième République adopta le décret d'abolition le 27 avril 1848. Son application dans les colonies suivit des calendriers locaux, ce qui explique la diversité actuelle des dates commémoratives ultramarines.

Deux abolitions en Guadeloupe

Une première abolition fut décrétée en 1794 et appliquée en Guadeloupe, avant le rétablissement de l'esclavage en 1802. L'abolition de 1848 fut la seconde et définitive abolition sous souveraineté française.

Une mémoire des victimes et des résistances

Les journées rendent hommage aux victimes de la traite et de l'esclavage ainsi qu'aux personnes qui ont résisté. Elles associent recueillement, histoire, culture, transmission familiale, actions scolaires et cérémonies civiques.

Une histoire caribéenne plurielle

Guadeloupe et Saint-Martin partagent des liens administratifs anciens, mais leurs trajectoires ne se confondent pas. La division franco-néerlandaise de Saint-Martin est antérieure à 1848 et explique une partie de sa singularité institutionnelle.

Réponse immédiate : la Guadeloupe commémore l'abolition de l'esclavage le 27 mai, tandis que Saint-Martin la commémore le 28 mai. La proximité des deux dates vient de leur histoire administrative commune en 1848, mais elles correspondent aujourd'hui à deux calendriers locaux distincts. Dans les deux territoires, la journée est fériée.

Pourquoi cette abolition est-elle commémorée les 27 et 28 mai ?

Ces journées rappellent l'application locale de l'abolition définitive de 1848. Le décret d'abolition avait été adopté à Paris le 27 avril 1848, mais sa mise en oeuvre dans les colonies dépendait de sa transmission et des décisions prises sur place. En Guadeloupe, le gouverneur Jean-François Layrle proclama l'abolition le 27 mai, sans attendre l'arrivée officielle du décret, dans un contexte de fortes tensions et de mobilisations de personnes réduites en esclavage.

À Saint-Martin, alors dépendance de la Guadeloupe pour l'administration française, la liberté fut proclamée le 28 mai. La date locale ne doit donc pas être confondue avec celle de la Guadeloupe, même si les deux commémorations racontent un même basculement juridique et politique.

  • 27 avril 1848 : adoption du décret abolissant l'esclavage dans les colonies françaises.
  • 27 mai : commémoration retenue en Guadeloupe.
  • 28 mai : commémoration retenue à Saint-Martin.
  • Nature des journées : jours fériés locaux, et non jours fériés dans toute la France.

Cette organisation territoriale existe aussi ailleurs. Les calendriers de l'abolition en Martinique, de l'abolition en Guyane et de la Fèt Kaf à La Réunion retiennent d'autres dates liées à leur propre histoire.

L'abolition de 1848 est l'aboutissement d'une histoire en deux temps

L'esclavage a été aboli deux fois en Guadeloupe sous la souveraineté française. La première abolition découle du décret du 16 pluviôse an II, soit le 4 février 1794. Son application locale fut portée quelques mois plus tard par le commissaire Victor Hugues. Cette première liberté ne fut cependant pas durable.

1794

La Convention nationale abolit l'esclavage dans les colonies françaises. La mesure est appliquée en Guadeloupe, alors que la Martinique, occupée par les Britanniques, ne connaît pas cette première abolition.

1802

Le pouvoir consulaire maintient ou rétablit l'esclavage dans les colonies où l'abolition avait été appliquée. En Guadeloupe, l'expédition commandée par Antoine Richepance affronte une résistance armée conduite notamment par Louis Delgrès, Joseph Ignace et leurs compagnons.

1848

La Deuxième République abolit définitivement l'esclavage dans les colonies françaises. La proclamation locale intervient en Guadeloupe le 27 mai, puis à Saint-Martin le 28 mai.

Cette chronologie explique la formule de « deuxième et ultime abolition » souvent employée pour la Guadeloupe. Entre 1794 et 1802, une société post-esclavagiste avait commencé à se construire, mais dans un cadre colonial toujours marqué par la contrainte, les hiérarchies et les guerres. Le rétablissement de 1802 détruisit cette liberté juridique et imposa de nouveau l'ordre esclavagiste.

La résistance de 1802 occupe une place majeure dans la mémoire guadeloupéenne. Louis Delgrès et ses compagnons refusèrent le désarmement et le retour à l'asservissement. Leur combat ne doit pas être présenté comme l'acte juridique ayant aboli l'esclavage en 1848, mais comme une résistance décisive à son rétablissement. Cette distinction permet de relier droit, luttes collectives et expérience vécue sans réduire l'histoire à un seul décret.

Qui a aboli l'esclavage en Guadeloupe et à Saint-Martin ?

Aucune réponse limitée à un seul nom n'est suffisante. Le décret du 27 avril 1848 fut préparé sous l'impulsion de Victor Schoelcher, sous-secrétaire d'État chargé des Colonies et président de la commission d'abolition. Il fut adopté par le gouvernement provisoire de la Deuxième République. En Guadeloupe, le gouverneur Jean-François Layrle proclama localement la liberté générale.

Ces décisions institutionnelles n'épuisent toutefois pas l'explication historique. Les résistances des personnes esclavisées, les marronnages, les révoltes, les revendications politiques et la mobilisation abolitionniste ont contribué à rendre le système esclavagiste toujours plus contesté. Présenter Victor Schoelcher comme l'unique « libérateur » effacerait l'action des premiers concernés et la pluralité des acteurs.

  1. Les personnes esclavisées ont résisté par la fuite, le marronnage, la préservation culturelle, la négociation et la révolte.
  2. Des libres de couleur ont combattu les discriminations juridiques et politiques.
  3. Des militants abolitionnistes ont documenté et dénoncé le système.
  4. La révolution de février 1848 a ouvert une fenêtre politique décisive.
  5. La commission présidée par Victor Schoelcher a préparé le décret.
  6. Le gouvernement provisoire a adopté l'abolition.
  7. Les autorités locales ont proclamé et organisé son application.

Le décret constitue l'acte juridique décisif, mais l'abolition s'inscrit dans une histoire beaucoup plus longue de résistances, de mobilisations et de conquête de la liberté.

Cette lecture plurielle vaut pour l'ensemble des Antilles françaises. Elle complète utilement les récits consacrés à l'abolition à Saint-Barthélemy et à l'abolition à Mayotte, dont les contextes historiques et les dates diffèrent.

Que signifient aujourd'hui ces journées de commémoration ?

Le 27 mai et le 28 mai ne célèbrent pas l'esclavage, mais sa fin juridique et la liberté conquise. Ils rendent aussi hommage aux personnes qui ont subi la traite, la déportation, l'exploitation et la négation de leurs droits. Le terme « commémoration » est donc plus précis que celui de simple fête.

Les cérémonies peuvent associer dépôts de gerbes, prises de parole, minutes de silence, lectures, concerts, marches mémorielles, expositions et rencontres pédagogiques. Leur forme varie selon les communes, les associations et les institutions. Aucune pratique unique ne résume les deux territoires.

Sept repères pour participer avec justesse

  • Employer les dates propres à chaque territoire.
  • Nommer les victimes, les résistants et les acteurs collectifs.
  • Distinguer l'abolition juridique de la disparition immédiate des inégalités.
  • Éviter les déguisements ou mises en scène caricaturales.
  • Privilégier les archives, musées, mémoriaux et travaux historiques.
  • Respecter le caractère à la fois solennel, culturel et civique des rassemblements.
  • Relier la mémoire aux enjeux contemporains de dignité, d'égalité et de lutte contre le racisme.

La mémoire de l'abolition s'inscrit dans un ensemble plus large de rendez-vous. La commémoration des victimes de l'esclavage et de la traite transatlantique porte une perspective internationale, tandis que la Journée internationale pour l'abolition de l'esclavage attire l'attention sur les formes contemporaines d'exploitation.

Pourquoi les dates diffèrent-elles dans les territoires français ?

Les dates diffèrent parce que l'abolition de 1848 n'a pas été proclamée partout au même moment et parce que chaque territoire a construit sa mémoire à partir de son histoire locale. Le décret national est commun, mais sa réception, son annonce et les événements qui l'ont précédée ne le sont pas.

En Martinique, l'insurrection et la proclamation locale précédèrent l'arrivée du décret. En Guadeloupe, la proclamation du 27 mai intervint dans un climat de tensions. La Guyane et La Réunion connurent d'autres délais d'application. Saint-Barthélemy suivit une trajectoire distincte, l'île ayant été sous souveraineté suédoise durant une partie de cette période.

  • Une date nationale peut rappeler l'adoption d'un texte.
  • Une date locale peut correspondre à sa proclamation ou à son application.
  • Une commémoration territoriale souligne une expérience historique particulière.
  • Un jour férié local ne s'applique pas automatiquement à la métropole ou aux autres territoires.

Ces différences ne mettent pas les mémoires en concurrence. Elles rendent visible la diversité des sociétés coloniales, des résistances et des processus d'émancipation. La Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition offre encore un autre repère, centré sur l'insurrection commencée à Saint-Domingue en 1791.

Comment la mémoire se transmet-elle en Guadeloupe et à Saint-Martin ?

La transmission passe par les familles, l'école, les archives, les associations, les cérémonies et les lieux patrimoniaux. Elle concerne autant l'organisation économique des plantations que les résistances, les cultures créoles, les trajectoires individuelles et les conséquences durables de la société esclavagiste.

En Guadeloupe, plusieurs lieux permettent d'aborder cette histoire, notamment le Mémorial ACTe à Pointe-à-Pitre, le fort Delgrès à Basse-Terre et l'Habitation Murat à Marie-Galante. Chacun propose un angle différent : traite et esclavage dans une perspective globale, résistance de 1802, ou fonctionnement d'une habitation sucrière. À Saint-Martin, le patrimoine, les archives et les initiatives locales éclairent une île partagée entre une partie française et une partie néerlandaise depuis le traité de Concordia de 1648.

La division politique de Saint-Martin ne résulte donc pas de l'abolition. Elle lui est antérieure de deux siècles. Cette frontière explique toutefois que les calendriers, les institutions et les récits publics ne soient pas identiques de part et d'autre de l'île.

Comment ça se passe en France ?

  • Les commémorations ultramarines suivent des dates territoriales distinctes.
  • Des cérémonies nationales et locales rendent hommage aux victimes de la traite et de l'esclavage.
  • Les écoles, archives, musées et collectivités organisent des actions de transmission.
  • Seuls certains territoires font de leur date d'abolition un jour férié local.

Comment ça se passe dans le monde ?

  • Chaque ancien espace esclavagiste possède sa propre chronologie d'abolition.
  • Les Caraïbes commémorent plusieurs émancipations liées aux empires français, britannique, néerlandais, espagnol ou danois.
  • Des journées internationales relient mémoire de la traite, droits humains et lutte contre l'esclavage contemporain.
  • Les musées, mémoriaux et routes patrimoniales transmettent des histoires locales reliées à un système transatlantique.

Comparer ces mémoires exige donc de vérifier le territoire, la puissance coloniale concernée, le texte juridique et la date d'application. La Journée des droits de l'homme prolonge cette réflexion par l'affirmation universelle de la dignité et de l'égalité en droits.

Quelles confusions faut-il éviter ?

La première confusion consiste à attribuer la même date à la Guadeloupe et à Saint-Martin. Elles sont voisines, mais distinctes : 27 mai pour la Guadeloupe, 28 mai pour Saint-Martin. La deuxième consiste à confondre le décret du 27 avril 1848 avec les proclamations locales.

  • 1794 n'est pas 1848 : la première abolition fut suivie du rétablissement de l'esclavage en 1802.
  • Abolition ne signifie pas égalité immédiate : les anciens esclaves restèrent confrontés à la domination économique, sociale et coloniale.
  • Schoelcher n'agit pas seul : le processus associe résistances serviles, militants, révolutionnaires, gouvernement et autorités locales.
  • Saint-Martin n'est pas Saint-Barthélemy : leurs histoires politiques et leurs dates commémoratives diffèrent.
  • Jour férié local ne signifie pas fête légère : la journée conserve une forte dimension mémorielle.

Trois sourires, à part des faits historiques

  • Pourquoi l'historien prend-il un crayon ? Pour ne pas perdre le fil de l'histoire.
  • Le calendrier antillais est précis : chaque île tient à sa date.
  • Une archive bien rangée ? C'est un passé qui retrouve son dossier.

Comprendre ces distinctions donne aux commémorations leur véritable portée : rappeler la violence du système esclavagiste, reconnaître les résistances et transmettre une histoire dont les héritages restent présents dans les paysages, les cultures et les sociétés caribéennes.

VIDÉO YOUTUBE

Esclavage et abolition aux Antilles - épisode 11- les libres de couleurs se rebêlent en Guadeloupe

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Chaîne : Identité Radio · Durée : 10:39

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Les dimensions de la commémoration

Portée historique 5/5

La journée renvoie à plusieurs ruptures majeures, de la première abolition de 1794 au rétablissement de 1802, puis à l'abolition définitive de 1848.

Dimension mémorielle 5/5

L'hommage aux victimes, la reconnaissance des résistances et la transmission des expériences individuelles et collectives constituent le coeur durable de la commémoration.

Ancrage territorial 5/5

Les dates, les lieux patrimoniaux et les formes de cérémonie sont liés à l'histoire propre de la Guadeloupe et de Saint-Martin.

Caractère festif 2/5

Des concerts et manifestations culturelles peuvent accompagner la journée, mais ils s'inscrivent dans un cadre mémoriel et civique qui appelle respect et contextualisation.

Utilité pédagogique 5/5

La chronologie complexe, la pluralité des acteurs et les différences entre territoires offrent de nombreux supports pour enseigner l'esclavage, les résistances et la citoyenneté.

Repères durables à retenir

Dates, territoires et portée des principaux repères liés à l'abolition
Repère Territoire concerné Signification
4 février 1794 Colonies françaises où le décret fut appliqué Première abolition votée par la Convention nationale
1802 Guadeloupe notamment Rétablissement de l'esclavage et résistance menée par Delgrès, Ignace et leurs compagnons
27 avril 1848 Colonies françaises Adoption du décret d'abolition définitive par le gouvernement provisoire
27 mai Guadeloupe Commémoration de la proclamation locale de la liberté générale en 1848
28 mai Saint-Martin Commémoration locale de l'abolition de l'esclavage
Journée fériée Guadeloupe et Saint-Martin Repos légal territorial associé à la commémoration

Questions fréquentes

Quelle est la date de l'abolition de l'esclavage en Guadeloupe ?

La Guadeloupe commémore l'abolition le 27 mai, date de la proclamation locale de la liberté générale en 1848. Le décret national avait été adopté le 27 avril 1848.

Le 27 mai est-il férié en Guadeloupe ?

Oui. Le 27 mai est un jour férié en Guadeloupe en mémoire de l'abolition de l'esclavage. Il ne s'agit pas d'un jour férié applicable à l'ensemble du territoire français.

Qui a aboli l'esclavage en Guadeloupe ?

Le gouvernement provisoire de la Deuxième République adopta le décret du 27 avril 1848, préparé par une commission présidée par Victor Schoelcher. Le gouverneur Jean-François Layrle proclama localement l'abolition, dans un contexte de résistances et de fortes mobilisations.

Pourquoi parle-t-on de deux abolitions en Guadeloupe ?

L'esclavage fut aboli une première fois en 1794, puis rétabli en 1802. L'abolition de 1848 fut donc la deuxième abolition et celle qui mit définitivement fin à l'esclavage légal sous souveraineté française.

Que s'est-il passé en Guadeloupe en 1802 ?

Une expédition commandée par Antoine Richepance imposa le retour à l'ordre esclavagiste. Louis Delgrès, Joseph Ignace et leurs compagnons menèrent une résistance armée contre le désarmement et le rétablissement de l'esclavage.

Quel rôle Victor Schoelcher a-t-il joué ?

Victor Schoelcher présida la commission chargée de préparer l'abolition en 1848. Son rôle institutionnel fut important, mais l'abolition résulte aussi des résistances des personnes esclavisées, de mobilisations politiques et d'une longue histoire abolitionniste.

Pourquoi les dates d'abolition diffèrent-elles entre les territoires ultramarins ?

Le décret national ne fut pas proclamé ni appliqué partout le même jour. Chaque date territoriale renvoie à une proclamation, une mise en application ou un événement local marquant.

Pourquoi l'île de Saint-Martin est-elle divisée en deux ?

La division entre une partie française et une partie néerlandaise repose sur le traité de Concordia de 1648. Elle est donc bien antérieure à l'abolition de 1848.

Comment commémore-t-on l'abolition ?

Les usages comprennent des cérémonies civiques, dépôts de gerbes, lectures, marches, conférences, expositions, concerts et activités scolaires. Les programmes varient selon les communes, les institutions et les associations.

L'abolition de 1848 a-t-elle immédiatement créé l'égalité ?

Non. Elle a mis fin au statut juridique d'esclave, mais pas aux inégalités économiques, sociales, raciales et politiques héritées de la société coloniale. Les nouveaux libres restèrent soumis à de fortes contraintes.

Quel fut le premier pays à abolir durablement l'esclavage ?

Haïti, devenue indépendante en 1804 après la révolution de Saint-Domingue, fut le premier État né d'une révolte victorieuse d'esclaves à abolir durablement l'esclavage sur son territoire. Les comparaisons internationales doivent distinguer interdiction de la traite, abolition partielle et abolition générale.

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